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Les coulisses de la naissance de «L’Hebdo»

Mis en ligne le 03.02.2017 à 05:51
PÈRES FONDATEURS  Au début des années 80, Frank A. Meyer (à droite) convainc Jacques Pilet  (au centre) d’assumer la rédaction en chef de «L’Hebdo».

PÈRES FONDATEURS Au début des années 80, Frank A. Meyer (à droite) convainc Jacques Pilet (au centre) d’assumer la rédaction en chef de «L’Hebdo».

© DR



Michel Guillaume

Eclairage. A l’origine, notre magazine avait un frère jumeau alémanique, qu’il a vite perdu. Il a su s’imposer en sachant incarner l’identité romande.

Ce n’est pas le moindre des paradoxes. L’histoire de L’Hebdo n’a pas commencé en Suisse romande, cette région dont il a marqué l’identité, mais à la frontière des langues, sur le lac de Bienne. A la fin des années 70, le Bureau de presse Cortesi, qui vient de lancer un hebdomadaire régional bilingue, a invité ses amis et mandataires sur un bateau de la compagnie de navigation locale.

L’ambiance est détendue, propice aux rêves les plus fous. «Et si Ringier créait un magazine bilingue?» C’est Frank A. Meyer, le membre le plus flamboyant du Bureau Cortesi, mais aussi influent correspondant parlementaire à Berne, qui lance cette idée à l’intention d’Adolf Theobald, à l’époque directeur des publications de Ringier.

Déjà créateur notamment du magazine économique Capital, ce manageur allemand retient l’idée, mais préfère envisager deux publications jumelles, qui deviendront Die Woche pour les Alémaniques et L’Hebdo pour les Romands.

Dans son esprit, le cadre de Ringier imagine deux journaux consacrés uniquement à l’actualité suisse, pour mieux se démarquer des hebdomadaires français et allemands. Il pense que le grand frère alémanique fournira la grande majorité des articles qui seront ensuite traduits en français et que ses bénéfices couvriront les probables pertes du pendant romand. De toute façon, une étude de marché avait montré qu’un magazine romand ne franchirait jamais la barre des 15 000 exemplaires vendus.

Un rédacteur en chef remuant

Mais rien ne se passe comme l’avait esquissé Adolf Theobald. Tandis que Die Woche s’essouffle vite, le petit frère romand décolle. Il est piloté par Jacques Pilet, jusqu’alors journaliste et producteur à la TV romande (Tell Quel et Temps présent). Lorsque Frank A. Meyer lui a proposé le poste de rédacteur en chef de L’Hebdo lors d’un repas au Restaurant du Théâtre à Lausanne, il n’a pas hésité une seconde.

Avec Jacques Pilet, les cadres de Ringier ne savent pas encore à qui ils ont à faire. Eux qui pensaient engager un «traducteur en chef» découvrent une personnalité charismatique et remuante, qui ne se tiendra jamais à la consigne de ne parler que de la Suisse dans ses colonnes. La guerre des Malouines, impossible de la passer sous silence, même si aucun mercenaire suisse n’y combat!

Lorsque le responsable de Die Woche y envoie son meilleur reporter, il se fait remettre à l’ordre, comme le raconte Peter Rothenbühler – ancien rédacteur en chef du SonntagsBlick et de la Schweizer Illustrierte – dans ses Mémoires *. Mais comme Adolf Theobald maîtrise mal le français, il laisse Jacques Pilet tranquille à Lausanne.

Le miracle romand

A la fin de 1982 sonne l’heure de vérité. Le groupe Ringier, qui avait lancé Die Woche en grande pompe, déchante: les ventes se sont effondrées. Mais faut-il aussi sacrifier L’Hebdo? Plusieurs membres du conseil d’administration font le déplacement de Berne pour prendre conseil auprès de Frank A. Meyer, qui dirige la rédaction parlementaire des deux magazines logée à l’Hôtel Bellevue.

Son verdict est clair: feu rouge pour Die Woche, mais feu vert pour son pendant romand, dont les débuts sont prometteurs. «J’ai eu l’intuition que L’Hebdo réussirait», déclare Frank A. Meyer.

Le miracle, celui d’offrir un magazine de qualité à une région de 2 millions d’habitants, durera trente-cinq ans. Longtemps, L’Hebdo s’impose par son journalisme d’investigation, son ton impertinent et un style de narration totalement nouveau en Suisse romande. Il atteint un tirage de près de 60 000 exemplaires et touche quelque 300 000 lecteurs dans les années 90.

Mais il est victime d’une érosion des recettes publicitaires et accumule les déficits dès 2002, ce qui incite Ringier Axel Springer à le supprimer aujourd’hui. Son premier rédacteur en chef, Jacques Pilet, croit pourtant à un rebond possible, sous une forme ou une autre: «On peut fermer un journal, mais on ne peut pas bâillonner la Suisse romande.»


* Peter Rothenbühler: «Frösche küssen – Kröten schlucken», Editions Werdverlag.ch


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