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«L’Hebdo», c’était...

Mis en ligne le 03.02.2017 à 05:58
THOMAS WIESEL a enregistré sa dernière chronique ce jeudi 2 février dans les locaux de la newsroom du «Temps» et de «L’Hebdo».

THOMAS WIESEL a enregistré sa dernière chronique ce jeudi 2 février dans les locaux de la newsroom du «Temps» et de «L’Hebdo».

© Hebdo



Thomas Wiesel

Cette semaine, c’est ma dernière chronique pour L’Hebdo. Ouais je sais je viens d’arriver et je repars déjà, j’ai l’impression d’être Ruth Metzler ou un entraîneur du FC Sion. C’est ma 9e vidéo, je suis même pas arrivé à deux chiffres.

Trente-sept personnes vont perdre leur emploi. Ringier en avait marre que quand on parle de méchants Zurichois qui virent des journalistes, il y en ait que pour Tamedia.

Les raisons de cette mise à mort ont été détaillées par voie de presse, comme quoi ça sert encore à quelque chose: L’Hebdo n’est plus rentable depuis 2002, comme le minitel, en gros. Il a perdu 15 000 lecteurs en six mois, ça coïncide avec la date de mon embauche. Oups, désolé. Et pour ne rien arranger, il a perdu la moitié de ses revenus publicitaires en quatre ans. C’est de votre faute ça, lecteurs, si vous étiez un peu plus victimes de la pub et sensibles au consumérisme, on n’en serait pas là. J’espère que vous avez honte.

C’est bizarre de parler de la disparition d’un titre où j’ai passé que six mois, un jour toutes les deux semaines. J’y aurai passé moins de temps qu’un stagiaire. J’ai l’impression qu’on me demande de prendre la parole à l’enterrement de quelqu’un que j’ai très peu connu.

L’Hebdo aura marqué le paysage médiatique et social romand. Même ceux qui se réjouissent de sa disparition s’accordent pour le dire. Il n’hésitait pas à déranger, provoquait souvent la polémique et le débat, par ses couvertures, ses enquêtes ou ses sujets de société.

Le magazine qui avait titré «Au secours mon patron est Français!» est en train de se dire «Merde, le nôtre est Allemand». Son engagement était critiqué, trop à gauche pour les gens de droite, plus assez à gauche pour ceux de gauche. Et il était resté résolument pro-européen jusqu’au bout, et vu la cote dont jouit l’UE en ce moment, c’est un choix aussi solitaire que d’être resté fan d’Oscar Pistorius ou de Bill Cosby jusqu’au bout.

L’Hebdo, c’était le Bondy Blog, un éclatant succès qui fut encensé par les journalistes du monde entier, et lu uniquement par les journalistes.

L’Hebdo, c’était le Forum des 100. Ce rendez-vous annuel où même ceux qui critiquent L’Hebdo toute l’année venaient pour entendre à quel point ils étaient importants. Comme quoi les petits fours peuvent compenser une ligne éditoriale.

L’Hebdo, c’était Mix et Remix. La star du magazine. Le talent interstellaire. Le fait qu’ils disparaissent à quelques mois d’intervalle a tout d’un symbole. Ça fait chier et rechier.

L’Hebdo, c’était le fameux classement des plus belles terrasses chaque année. Y a peut-être pas de quoi leur décerner le Pulitzer mais je comprends les journalistes, quoi de plus agréable que de tester toutes les terrasses de Suisse romande chaque été pour voir si certaines ont déplacé un parasol?

Et L’Hebdo c’était, à l’imparfait.

L’Hebdo disparaît, c’est triste. Mais c’est surtout inquiétant. Quel titre est encore en bonne santé en Suisse? A quoi va ressembler le paysage médiatique dans cinq ans? Et dans vingt ans? Ces temps en Suisse romande, il y a tellement de rédactions qui se font démonter que même les frères Kouachi seraient impressionnés.

Je vais faire quoi, moi, avant d’avoir l’âge de lire L’illustré? Suis-je le seul à avoir aussi peu d’intérêt pour le chien de Darius Rochebin ou les vacances d’Alain Morisod?

Ma génération a une part de responsabilité. Nous sommes habitués à avoir tout gratuitement, du porno aux albums, jusqu’aux films et aux articles de journaux, et nos habitudes de consommation ont profondément modifié toutes ces industries. Certaines ont réussi à s’adapter, le journalisme pas, tel un Pokémon qui ne peut pas évoluer. Et si tu as compris cette référence, c’est que tu fais partie de la génération qui doit se demander si on peut se permettre de laisser ce métier mourir.

Pour ne pas qu’on dise un jour à nos enfants: «Quand j’avais ton âge, les journalistes, c’était des gens qui essayaient de nous dire la vérité, qui se plantaient parfois, qui étaient intéressants souvent, et surtout qui étaient essentiels. Mais on s’en est pas rendu compte, maintenant allume ta tablette, y a le téléjournal de l’Axpo Super Conseil fédéral Nestlé UBS.» 


Hebdo » Chroniques


Curieux La coïncidence avec votre arrivée n'est pas fortuite. C'est vous qui avez précipité la chute. 03.02.2017 - 15:30
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