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Banques cherchent compétences suisses

Mis en ligne le 12.11.2012 à 09:15

© Pierre Wazem



RESSOURCES HUMAINES Contraintes à réaliser des économies, les banques sabrent dans leurs effectifs. Et cherchent de nouveaux profils: des juristes, des fiscalistes ou encore des spécialistes de la gestion des risques.Un paradis perdu, à en croire...

RESSOURCES HUMAINES Contraintes à réaliser des économies, les banques sabrent dans leurs effectifs. Et cherchent de nouveaux profils: des juristes, des fiscalistes ou encore des spécialistes de la gestion des risques.

Un paradis perdu, à en croire certains gérants. Telle se présente la place financière suisse. Secret bancaire en ruine, resserrement marqué du cadre réglementaire et juridique, franc fort et incertitudes macroéconomiques: l’impact de cette combinaison de facteurs sur la compétitivité internationale des banques helvétiques et sur leur rentabilité est indéniable. Les institutions se recentrent sur les marchés onshore, avec pour conséquence la réduction de la voilure, voire la suppression, des activités offshore de banque d’affaires, de gestion de fortune et de back office.
Après des décennies de croissance, portant les effectifs à plus de 130 000 personnes (près de 4% de la population active), c’est un visage de destruction de l’emploi qui s’exprime aujourd’hui. Fin juin, le nombre de postes à pourvoir dans le secteur financier en Suisse était inférieur de 15,1% comparé à la même période de l’année précédente (3436 offres contre 4352 un an plus tôt). Les banques suisses proposaient 1158 emplois contre 1792 un an plus tôt (-35,4%), selon l’indice Finews-JobDirectory.

20 000 postes menacés. «Les coupes dans le personnel reflètent en outre un contexte conjoncturel difficile, caractérisé par plusieurs facteurs déterminants: le différentiel de change euro/franc, des marchés boursiers très volatils et des rendements actuellement très bas», rappelle le directeur de la fondation Genève Place Financière, Steve Bernard.
La cure d’amaigrissement est loin d’être terminée, prévient Denise Chervet, secrétaire centrale de l’Association suisse des employés de banque (ASEB). «Nous avons atteint un pic des engagements en 2007. Depuis, nous assistons à un redimensionnement du secteur. La menace sur l’emploi s’est étendue à l’ensemble du secteur financier.» A terme, 15 à 20% des effectifs soit 20 000 emplois, tous services financiers confondus, seraient concernés en Suisse, selon l’estimation désormais globalement admise de l’ex-président du directoire d’UBS, Oswald Grübel, et de son successeur, Sergio Ermotti.
Les établissements plus petits comme les banques régionales ou cantonales, les banques étrangères établies en Suisse et les banques privées n’échappent pas à l’augmentation des charges et à l’érosion des marges. En cause, «la surréglementation et la tendance au protectionnisme», selon le président de l’Association des banquiers privés suisses (ABPS), Nicolas Pictet, qui mettent notamment à risque 15 à 30% des emplois dans la gestion privée, potentiellement par le truchement de délocalisations.
«A l’image de la sidérurgie, de l’automobile ou de l’horlogerie par le passé, le secteur financier et bancaire doit se redimensionner au niveau mondial», poursuit Paul Dembinski, directeur de l’Observatoire de la finance à Genève. «Ce qui me préoccupe davantage, c’est l’externalisation, d’une part, et la délocalisation, d’autre part, de certaines activités, au détriment de la qualité, de la loyauté et de la confidentialité, des valeurs qui ont fait la réputation de la place financière suisse, regrette Denise Chervet. L’esprit du «all for talent» (la course aux talents) a causé du tort au secteur. Un changement de philosophie est aujourd’hui nécessaire. Nos institutions doivent davantage réfléchir en termes de qualité de travail, de formation et de services que de se concentrer uniquement sur la diminution des charges de personnel dans le but de réduire leurs coûts. Nous avons besoin d’une place financière qui offre sécurité et prévisibilité, et qui suscite le respect. Le but n’est pas d’être les plus grands, mais les meilleurs.»

Savoir-faire technique. Le paradis n’est cependant pas perdu pour tout le monde. La mise en œuvre des mesures prudentielles de Bâle III et le durcissement de la réglementation font aussi des heureux. Afin de s’adapter à ce nouvel environnement normatif et assurer une gestion pérenne, les établissements bancaires cherchent activement à renforcer leurs activités de conformité (compliance). «Les banques recrutent des profils transversaux plus techniques et spécifiques tels que des juristes, des fiscalistes, des spécialistes de la gestion du risque possédant une parfaite connaissance du tissu économique, ainsi que de réelles compétences en fiscalité suisse», détaille Laetitia Kulak, directrice de Global HR Talents Suisse à Lausanne, un spécialiste du recrutement dans le domaine bancaire et financier.
Suffisamment pour contrebalancer les licenciements dans d’autres secteurs? Loin s’en faut. Même additionnés des emplois à pourvoir dans la gestion institutionnelle, le conseil à la clientèle entreprise et privée, le crédit et la prévoyance, ces engagements ne devraient guère représenter plus de 3% de croissance des effectifs globaux, loin de quoi compenser les pertes survenues dans d’autres secteurs. «On arrive toutefois à un bon équilibre entre ces postes dits transversaux, les gestionnaires de portefeuille reconnus et le back office qui contribuent à une place bancaire et financière plus solide», assure la directrice de Global HR Talents Suisse.
La contraction du secteur entraîne une pression à la baisse sur les salaires, en particulier sur la partie variable. Celle-ci est globalement amputée de 25%. «Toutefois, le niveau des revenus moyens du secteur financier demeure 3 à 4 fois supérieur à celui des revenus moyens de l’économie réelle, relève Paul Dembinski. Cette rente de situation est peut-être en train de fondre, mais certainement pas de disparaître!»

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