Chères lectrices, chers lecteurs,

Nous vous informons que le dernier numéro de L'Hebdo paraîtra exceptionnellement le vendredi 3 février 2017.

En vous remerciant de votre compréhension.

Texte plus petit Texte plus grand Imprimer cette page
Hebdo » Finance

Des fondamentaux devenus friables

Mis en ligne le 22.11.2012 à 11:40

  1. Des fondamentaux devenus friables

     © Source: 24hgold
  2. Des fondamentaux devenus friables

     © Source: Bloomberg
  3. Des fondamentaux devenus friables

     © Source: Banque des Règlements Internationaux (BRI)

FISSURES Ils paraissaient les meilleurs placements, les plus sûrs ou les meilleurs agents de plus-values. Mais la crise a brouillé les cartes. Le quasi-défaut grec a mis en lumière la fragilité cachée des emprunts...

FISSURES Ils paraissaient les meilleurs placements, les plus sûrs ou les meilleurs agents de plus-values. Mais la crise a brouillé les cartes. Le quasi-défaut grec a mis en lumière la fragilité cachée des emprunts d’Etat. Les plongeons boursiers de 2008 et 2009, l’atonie de 2011 et les perspectives moroses de 2012 découragent les actionnaires. Enfin, les fonds cotés en Bourse, qui promettaient d’accompagner les plus-values des marchés avec un minimum de risques, s’avèrent parfois d’opaques machineries dans lesquelles l’épargnant se perd. Quelques pistes pour surmonter ces nouveaux obstacles. 

OR Et si les spéculateurs partaient?

«L’or n’est la dette de personne.» En reprenant l’adage anglo-saxon lors d’une présentation en novembre dernier, Olivier Aeschlimann, gérant de fonds chez IAM à Genève, a rappelé ce qui rend le métal jaune si attractif: une réserve de valeur incontestable et incontestée, une «quasi-monnaie» alors que les principales devises semblent vaciller. Mais à quel prix? Après sa folle ascension qui l’a porté fin septembre au pic historique de 1920 dollars l’once (soit 61 736 francs le kilo), l’or s’est stabilisé en octobre dans une bande de fluctuation voisine de 1600 à 1700 dollars (aux alentours de 50 000 francs le kilo). Il n’est pas seul dans ce cas. 

Ce plafond ne se mesure cependant qu’en dollars. Calculé en francs suisses, le prix de l’once a progressé depuis l’été, passant de 1300 francs en août à plus de 1600 francs en novembre.L’aggravation de la crise de la zone euro stimule la recherche d’un refuge dans le métal jaune. Selon le Conseil mondial de l’or, la demande émanant d’investisseurs européens (par opposition à la demande manufacturière) a bondi de 135% au troisième trimestre par rapport à la même période de 2010. La tendance de long terme, qui veut que l’or soit toujours plus employé comme réserve de valeur – près de 40% de la demande – au détriment de son usage industriel, subit là une accélération marquée.

Elément supplémentaire de soutien des prix, la découverte de nouveaux filons baisse constamment depuis huit ans. En 2003, note le Conseil mondial de l’or, 10 mines ont été ouvertes. En 2009, une seule. De plus, comme le rappellent les professionnels, les coûts d’extraction ne cessent de progresser en raison des difficultés accrues à accéder à des gisements toujours plus profonds ou situés dans des régions toujours plus isolées. Il n’est pas rare qu’ils atteignent désormais 600 dollars l’once. En cas de baisse massive des prix, ces mines à coûts d’extraction élevés seront les premières à réduire leur production, voire à la cesser, faute de rentabilité jugée suffisante.

La hausse de l’or sera-t-elle sans limites? Une grande partie de la réponse dépend de l’évolution des taux d’intérêt. Tant que ceux-ci restent bas, le coût d’opportunité de détenir du métal, soit l’absence de rendement, demeure faible. Mais lorsque ceux-ci remonteront, l’attractivité du physique s’amoindrira au profit de placements plus rémunérateurs. Le prix sera d’autant plus sujet à une baisse brutale que les investisseurs spéculatifs seront nombreux. «Actuellement, nous aimons l’or pour ses vertus défensives, avoue Serge Ledermann, stratège de la banque genevoise Heritage. Mais il est clair que lorsque la conjoncture montrera des signes sérieux de reprise, il vaudra mieux réduire notre exposition.»

DETTE SOUVERAINE la fin du risque zéro

Placement sûr par excellence, l’obligation souveraine tombe de son piédestal. Peut-on encore considérer comme absolument non risqué un papier qui risque de perdre une partie de sa valeur sur une simple décision politique? «Nous entrons dans une nouvelle ère», écrivait dans le Financial Times Mohamed el-Erian, le patron de Pimco, au lendemain de la dégradation de la note américaine, début août 2011. Comme le rappelait le directeur général du géant de la gestion obligataire de Los Angeles, «il n’y a pas si longtemps, il aurait été impensable que les Etats-Unis perdent leur triple A. Les qualificatifs “zéro risque” et “bon du Trésor américain” étaient des termes parfaitement interchangeables.» Et de prédire les conséquences du tremblement de terre qui venait de se produire: hausse, à terme, des taux d’intérêt, perte du rôle central des Etats-Unis dans la finance mondiale, etc.

Les sombres anticipations de Mohamed el-Erian ne se sont pas réalisées. Les taux sont restés au plancher et les Etats-Unis demeurent au cœur du système financier. Néanmoins, l’avertissement de l’été s’est répété en Europe en novembre. A la fin du mois, un emprunt allemand a été snobé par les acheteurs, envoyant un clair signal de défiance. Les jours qui ont suivi, les agences de notation ont menacé de dégrader l’ensemble des pays de la zone euro, Allemagne comprise, jugeant insuffisantes les mesures annoncées par les gouvernements pour lutter contre la crise. Mi-janvier, Standard & Poor’s est passée à l’action en retirant leur triple A, la note maximale, à deux pays jusque-là préservés, l’Autriche et surtout la France.

«Les attaques sur le Bund allemand affecteront aussi les obligations d’autres pays financièrement solides de la zone euro comme les Pays-Bas et la Finlande», précise l’économiste François Savary, stratège de la banque Reyl à Genève. La réponse à ces questions réside clairement dans les décisions prises entre Francfort et Bruxelles par les responsables de la zone euro. Et auprès des marchés, qui ont à juger de leur crédibilité.

Et la Suisse? «Pour le moment, elle figure toujours parmi les bons élèves et cette situation devrait perdurer, estime Serge Ledermann, stratège de la banque Heritage. Le risque, de ce côté-là, n’est pas que l’emprunteur se trouve dans l’impossibilité de rembourser, comme l’Etat grec, mais que, paradoxalement, la situation conjoncturelle s’améliore. Les emprunts de la Confédération perdront alors leur attrait, provoquant des moins-values dans les portefeuilles de leurs propriétaires.

ETF Qu’achète-t-on vraiment?

Véhicule par excellence du petit investisseur, l’ETF (exchange traded fund) a longtemps passé pour l’instrument idéal pour jouer la Bourse sans en subir trop durement les aléas. Le fonds négociable en Bourse, tel qu’il se nomme en français, investit dans des titres de toutes catégories alors qu’il est lui-même l’objet d’une cotation. Cela permet à l’investisseur de jouer les marchés financiers sans devoir s’exposer à un titre en particulier. De plus, sa cotation en Bourse rend cette catégorie de fonds particulièrement liquide, facile à acheter et à vendre. D’où le succès des ETF. Ce marché a plus que triplé de volume entre 2005 et 2010 pour atteindre la somme de 1310 milliards de dollars l’an dernier, selon la Banque des règlements internationaux (BRI).

Derrière son succès, la formule n’est pas sans danger. «A mesure qu’elles croissent, ces stratégies de placement peuvent conduire à la constitution de risques systémiques dans le marché», avertissait en avril dernier la BRI dans l’un de ses rapports les plus saillants de l’année. La «banque centrale des banques centrales» prévenait des risques liés à la complexité croissante de ces instruments, autant pour les investisseurs que pour le système financier dans son ensemble. Mais comment est-on arrivé à faire d’un outil financier simple et robuste une sorte de bombe à retardement?

Les ETF sont devenus de vraies boîtes noires dans lesquelles il est devenu extrêmement difficile d’identifier les sous-jacents et les contreparties. Autrement dit: l’investisseur ne sait plus exactement où il a mis son argent. Est-il vraiment sûr de pouvoir récupérer sa mise le jour où il décide de vendre? Et si d’autres veulent faire pareil, sa contrepartie sera-t-elle en mesure d’honorer ses engagements?

A l’origine, les ETF étaient de simples fonds cherchant à répliquer les performances des indices boursiers. Leur approche était claire: leur portefeuille devait contenir exactement la même proportion d’actions que les indices de référence. Si Nestlé ou UBS constituent chacun 9% du SMI, un ETF basé sur l’indice principal de la Bourse suisse devait lui aussi contenir 9% d’actions Nestlé ou UBS. Mais à mesure que s’exacerbe la concurrence entre fonds, les banques qui les lancent ont cherché à répliquer des indices toujours plus complexes, aux bases toujours plus étroites et difficiles à répliquer. 

Mais plutôt que de s’appuyer sur des actifs réels, un nombre croissant d’ETF sont investis dans des instruments dérivés (options, futures, etc.) censés répliquer les mouvements des indices. Sauf que la volatilité de ces instruments est beaucoup plus élevée que celle d’un simple panier d’actions. Pour le gérant, cela signifie qu’une hausse supérieure des dérivés par rapport à l’indice de base lui apporte un bénéfice supplémentaire. Et pour le client, le risque qu’une baisse incontrôlable des dérivés provoque des difficultés pour le fonds, lequel serait amené à retarder ses remboursements, voire à tomber en faillite.

Aucune classe d’actifs n’est épargnée, même celles qui paraissent les plus sûres. Les professionnels de la gestion rappellent que les ETF basés sur le métal jaune représentent une valeur considérablement plus élevée que le stock d’or physique déposé dans les coffres des émetteurs de ces fonds. En clair, cela signifie que si chaque détenteur d’une part de fonds exige sa part de métal, il risque de déchanter. Car soit seuls les premiers seront servis, soit il ne recevra qu’une part assez faible de son investissement de départ.

 
L'Hebdo

Cette semaine
dans l'hebdo

ePAPER


Idées & débats

Réactions



Projecteurs

Le Forum des 100



Les rendez-vous du Forum



Nos Hors-séries

Voyages


Prix des lecteurs