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Conjoncture: reprise en 2014: attention, fragile!

Mis en ligne le 30.01.2014 à 05:58
MICHEL GIRARDIN Chargé de cours à HEC Lausanne  et conseiller économique indépendant. www.michelgirardin.com

MICHEL GIRARDIN Chargé de cours à HEC Lausanne et conseiller économique indépendant. www.michelgirardin.com

© François Wavre



ANALYSE. Longtemps escompté, le redémarrage de l’économie mondiale est-il enfin amorcé? Aux Etats-Unis et au Japon, la réponse est «oui, mais…». En Europe, c’est plutôt «non,...

ANALYSE. Longtemps escompté, le redémarrage de l’économie mondiale est-il enfin amorcé? Aux Etats-Unis et au Japon, la réponse est «oui, mais…». En Europe, c’est plutôt «non, mais…». Dans les pays émergents, c’est «oui, mais non». Confrontés à ces hésitations, les gouverneurs des banques centrales vont continuer à imprimer de la monnaie, pour le grand bonheur des marchés financiers.

Michel Girardin

Posséder sa maison, avec ou sans fonds propres: ce rêve est de nouveau permis aux Etats-Unis depuis que la Réserve fédérale achète à tour de bras les produits financiers émis par des banques souffreteuses, produits adossés à des hypothèques qui le sont bien davantage. Du coup, la reprise aux Etats-Unis est passée du rêve à la réalité: les taux d’intérêt sont presque au plancher, le chômage est en baisse, la confiance des consommateurs en hausse, même si cette dernière reste dangereusement proche des niveaux qui ont déclenché des récessions par le passé. Et c’est ici que se mesure la solidité du redémarrage de l’économie mondiale: sa locomotive reste pilotée par un consommateur américain qui, toujours lourdement endetté, pèse pour près d’un cinquième du PIB mondial. Reprise aux USA? Oui, mais… fragile.

Au Japon, ça va mieux, merci M. Shinzo Abe. Doubler la masse monétaire et ne pas fermer le robinet des liquidités jusqu’à ce que le taux d’inflation atteigne 2%: les instructions que le premier ministre a données l’année dernière au nouveau gouverneur de la banque centrale étaient bien précises et les écarts pas vraiment tolérés. L’électrochoc monétaire semble produire ses effets. Et l’un des effets secondaires – la chute du yen – reste pour l’instant maîtrisable, voire même souhaité au pays où le soleil se lève d’autant plus facilement que les exportations sont rayonnantes. L’autre effet secondaire d’une injection monétaire à haute dose – l’inflation – pourrait bien échapper un jour au contrôle de la banque centrale. Reprise au Japon? Oui, mais… gare aux dommages collatéraux.

Dans la zone euro, la fin de la récession ne peut être encore officiellement annoncée, même si la croissance retourne timidement dans les chiffres noirs: les perspectives demeurent hésitantes en raison de la panne du crédit bancaire et des exportations, pénalisées par un niveau de l’euro peu compétitif. Reprise dans la zone euro? Non, mais… c’est pour bientôt. Promis.

Dans les pays émergents, le panorama conjoncturel est meilleur, mais la tendance est au ralentissement. Si, en Amérique latine, elle s’explique par la baisse du cours des matières premières qui pèse sur les exportations, en Asie c’est à la volonté des banques centrales de réduire la dépendance au crédit des consommateurs que cette tendance est due. Reprise dans les pays émergents? Oui, mais non.

L’incertitude au niveau économique a du bon: les banques centrales vont continuer, en 2014, leurs injections de liquidités. A quel rythme? C’est là un point sensible.

Un mot, un seul, et tout peut s’écrouler
Faire la pluie et le beau temps sur les marchés financiers… avec un mot. Un seul. Ben Bernanke réalise cet exploit le 22 mai dernier. Dans un discours au Congrès américain, le président de la banque centrale américaine prononce le mot tapering, et les marchés dévissent.

Tapez «tapering» sur un site de traduction. Cela donne «effilé». Avec ce mot, Ben Bernanke a voulu signaler que la Fed envisage de réduire ses achats d’obligations, l’opération par laquelle elle augmente les liquidités pour doper l’économie américaine. Attendu que les premiers bénéficiaires de ces injections de liquidités sont les marchés financiers, il n’est pas étonnant qu’ils perdent pied depuis l’été dernier à chaque fois que la Fed fait mine de lever le sien de l’accélérateur.

Passez maintenant sur Google Images. Au mot «tapering», vous voyez apparaître pléthore de photos de Ben Bernanke mais, surprise, également des images de marathoniens. Le mystère s’éclaircit avec Wikipédia: l’encyclopédie indique que le mot fait référence à la réduction des exercices pour les sportifs dans les jours qui précèdent une compétition importante.

Mais alors, cela signifierait que la Fed ne fait actuellement que ménager sa monture et qu’elle se prépare à des injections de liquidités encore plus marquées? Les 85 milliards d’obligations achetées actuellement par mois le seraient peut-être en un jour? Ce qui est sûr, c’est que la banque centrale américaine va continuer à injecter des liquidités tant que le taux de chômage n’aura pas atteint l’objectif de 6,5% qu’elle s’est fixé.

Et ce n’est pas Janet Yellen qui va changer la donne. La nouvelle présidente de la Fed est connue pour être une colombe à l’esprit beaucoup plus keynésien que monétariste.

La BNS n’est pas en reste… pour l’instant
Il n’y a pas qu’à la Fed que la planche à billets est bien huilée. Celles de la Banque centrale européenne, de la Banque d’Angleterre, du Japon et… de la Suisse le sont tout autant, si ce n’est davantage.

En témoigne l’évolution du bilan des banques centrales depuis la crise. Les plus agressives d’entre elles, comme la Banque d’Angleterre ou la Banque nationale suisse (BNS), ont vu leur taille plus que quadrupler depuis 2007. L’augmentation est tellement manifeste et continue que le graphique fourni par la BNS indique non seulement le jour, mais également l’heure à laquelle il est établi…

La BNS va rester accommodante en 2014, cherté du franc oblige. Elle ne pourra donc pas faire grand-chose pour lutter contre l’engouement qu’elle juge excessif des Suisses pour le crédit, qui trouve une origine évidente dans la faiblesse marquée des taux d’intérêt, à court et à long terme.

Qu’est-ce qui pourrait inciter les banques centrales à fermer le robinet des liquidités? Une croissance économique trop marquée ou un danger d’inflation manifeste. L’un comme l’autre de ces dangers ne sont pas prévus pour 2014. Les taux d’intérêt ne devraient presque pas bouger.


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Inflation: quelles attentes?

Les courbes montrent que, à l’exception du Japon, les attentes des principales organisations gouvernementales et privées de prévisions économiques sont stables, voire orientées à la baisse. Le risque d’une remontée des taux d’intérêt par les banques centrales paraît donc faible.

 

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