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Patrimoine: et si un spécialiste gérait vos économies?

Mis en ligne le 30.01.2014 à 05:55
OPPORTUNITÉS Un gérant peut ouvrir la porte à de belles aventures financières. D’autant que, contrairement à un employé de banque, il a la liberté de choisir les fonds, les titres et autres instruments de placement les plus propices à ses clients.

OPPORTUNITÉS Un gérant peut ouvrir la porte à de belles aventures financières. D’autant que, contrairement à un employé de banque, il a la liberté de choisir les fonds, les titres et autres instruments de placement les plus propices à ses clients.

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CONFIANCE. Les gérants de fortune ne s’intéressent pas qu’aux millionnaires. Encore faut-il définir précisément ses attentes, la gestion étant un milieu des plus compétitifs. Gérant de...

CONFIANCE. Les gérants de fortune ne s’intéressent pas qu’aux millionnaires. Encore faut-il définir précisément ses attentes, la gestion étant un milieu des plus compétitifs.

Gérant de fortune indépendant. Une profession qui respire les coffres-forts, les salons feutrés et les secrets de famille. Qui entretient les mêmes rapports d’intimité avec ses clients que le notaire, voire le pasteur ou le curé. Qui sent parfois le soufre, ses représentants s’étant généralement affranchis des structures bancaires pour mener leurs affaires en toute indépendance et, jusqu’à récemment, en dehors des contrôles de la Finma, le gendarme financier. En bref, une profession pour millionnaires amateurs de performance financière et de discrétion.

Mais est-elle vraiment réservée aux happy few? «Pas du tout!» conteste Patrick Dorner, directeur de l’Association suisse des gérants de fortune (ASG), à Genève. «La majorité des clients déposent des patrimoines plus proches de 100 000 francs que du million», détaille-t-il.

De fait, les statistiques de l’ASG montrent que plus d’un spécialiste sur deux gère moins de 100 millions de francs, qu’ils sont aussi un sur deux à avoir la charge des actifs de plus de 20 clients mais de moins de 500. Ces chiffres dépeignent ainsi un univers empreint d’une forte variété de profils, où les petits clients voisinent avec les gros à tous les étages de la profession. Donc, lorsqu’on cherche un spécialiste de la gestion de fortune, avoir les poches profondes n’est pas un préalable indispensable.

Une Indépendance limitée
Pour quelles raisons faudrait-il remettre ses économies à un inconnu alors que les banques offrent de larges palettes de services? L’indépendance du gérant garantit une plus grande neutralité du conseil. Ce spécialiste est ainsi libre de choisir les fonds, les titres et autres instruments de placement les plus propices à ses clients, alors qu’un conseiller à la clientèle d’un établissement bancaire est poussé à écouler les fonds de son institution, même s’ils ne sont pas très performants, voire trop risqués ou trop chers. L’indépendant qui travaille pour lui-même peut aller chercher ce qu’il veut où il veut. Par exemple, en sélectionnant les investissements les plus rémunérateurs sans être exagérément risqués, ou ceux dont les frais sont les moins élevés.

Cette liberté est-elle vraiment sans limites? Il en existe au moins une: la rétrocession. Autrement dit, la remise que la banque offre au gérant indépendant sur la base des frais payés par le client. Cette situation crée un conflit d’intérêt qui ne peut que désavantager le client. Il risque de se retrouver avec un placement cher, risqué ou peu performant, voire les trois, mais dont les kickbacks sont les plus juteux pour le gérant qui les a sélectionnés.

Pis, les conditions dans lesquelles de tels cadeaux commerciaux pouvaient se conclure sont restées longtemps plongées dans l’opacité la plus totale. Il a fallu un arrêt du Tribunal fédéral à la fin d’octobre 2012 pour que les professionnels – banques et gérants – soient obligés d’avouer la vérité à leurs clients.

«Aujourd’hui, tout a changé, assure Patrick Dorner. Tout est transparent, tout est clair. Le client est informé du mécanisme de rémunération de son gérant avant même de prendre ses décisions d’investissement.» Mais le système n’a pas disparu pour autant. Et, si le déposant ne prend pas garde, il court le risque que son gérant continue d’orienter ses avoirs vers les produits de la banque qui verse les rétrocommissions les plus juteuses au détriment de placements plus adaptés à ses objectifs et à son profil.

Des inégalités de traitement
Plus que la question de l’indépendance, réelle ou sous influence, du gestionnaire, c’est le prix qui peut encourager ou décourager le client potentiel. Et, surtout, qui peut déterminer le montant du dépôt en dessous duquel la conclusion d’une relation contractuelle devient pertinente.

Ce prix dépend du volume des actifs gérés. Selon les recommandations des associations de gérants, cette commission peut s’élever à 1,5% de la totalité des avoirs. Mais elle est le plus souvent bien inférieure, «en dessous de 1%», poursuit Patrick Dorner. Et même aux alentours de 0,5% si les montants en jeu ou le pouvoir de négociation du client sont importants. Ainsi, pour un portefeuille de 100 000 francs, le gestionnaire peut facturer ses prestations quelque 1000 francs par an.

Or, à ce tarif-là, il risque de ne pas trop mouiller sa chemise. «Pour un tel montant, ne croyez pas qu’il s’engagera dans une gestion active, prévenant son client de toutes les bonnes affaires qui se présentent sur les marchés financiers», avertit Patrick Dorner.

Le professionnel de la gestion, qui doit calculer ses frais et qui cherche à maximiser son gain personnel est incité, en effet, à favoriser les clients les plus rémunérateurs ou les plus prometteurs plutôt que de consacrer de l’énergie à un petit compte stagnant.

Le client au patrimoine modeste risque ainsi de voir le rendement de ses placements absorbé par les frais facturés par le gérant. Il s’expose aussi à des placements trop aléatoires, voire de subir des pertes massives si le spécialiste se montre négligent. L’espoir, dans ce cas, d’obtenir réparation devant un tribunal est bien mince.

Toutefois, il y a peu de danger que le gérant fuie avec la caisse. En effet, ce n’est pas chez ce dernier que les comptes sont ouverts, mais obligatoirement auprès d’une banque. Le gestionnaire peut certes, selon le contrat convenu avec le client, avoir un accès direct aux comptes. Mais il peut aussi voir son rôle limité à celui de simple conseiller, les opérations étant effectuées par le client ou un autre mandataire.

L’accès à un gérant de fortune est ainsi plus ouvert, plus démocratique que l’image de cette profession peut véhiculer. Pourtant, s’il peut ouvrir la porte à de belles aventures financières, à des surprises agréables, il peut aussi déboucher sur des expériences amères. La gestion de fortune est un milieu extrêmement compétitif, dur, où les cadeaux désintéressés sont rares. Son coût n’est pas le critère le plus important pour le déposant. Mais bien la capacité de ce dernier de trouver un bon terrain d’entente avec son gérant.

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