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L’assurance-vie une prévoyance pas si profitable

Mis en ligne le 04.09.2014 à 05:54
MARC FOURNIER Actuaire, sous-directeur auprès de la société de conseil en assurances Groupe Pittet dont il est la personne de référence pour le bureau de Sion.

MARC FOURNIER Actuaire, sous-directeur auprès de la société de conseil en assurances Groupe Pittet dont il est la personne de référence pour le bureau de Sion.

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ÉCLAIRAGE Les assureurs font miroiter des rendements alléchants à leurs clients. Mais, sur la durée, les gains ne sont      guère plus élevés que ceux d’un compte-titres. La...

ÉCLAIRAGE Les assureurs font miroiter des rendements alléchants à leurs clients. Mais, sur la durée, les gains ne sont      guère plus élevés que ceux d’un compte-titres. La différence tient surtout aux économies d’impôts.

Quelle chance, vous disposez d’un capital important que vous voulez placer avec peu de risques en vue de vos vieux jours. Dans la multitude de solutions qui s’offrent à vous, deux finissent par retenir votre attention: l’épargne traditionnelle, sous forme de compte bancaire ou de titres (actions, obligations), ou l’assurance-vie. Si la première est facile à comprendre, comment analyser la seconde? Vaut-il vraiment la peine de se lier contractuellement pendant des années?

Une assurance-vie, rappelons-le, est un contrat par lequel l’assuré verse une ou des primes à son assureur durant une période donnée pour constituer un capital déterminé qui lui sera reversé à l’échéance du contrat, pour autant qu’aucun événement malheureux comme une incapacité de gain ou un décès ne soit survenu.

D’innombrables formules se côtoient, de l’assurance risque pur (le capital accumulé par l’assuré est perdu à l’échéance par ce dernier si aucun événement justifiant un versement ne se produit) à l’assurance de rente (le capital est reversé de manière périodique). Les formes les plus courantes prennent la forme du troisième pilier, qui permet à la fois une certaine flexibilité dans le versement des primes et un traitement fiscal favorable.

En apparence, des rendements attrayants…

Pour celui qui cherche la sécurité la plus élevée possible, la police d’assurance sur la vie offre apparemment un rendement largement supérieur à celui d’une obligation de la Confédération, considérée comme le placement sûr par excellence. Les assureurs sont actuellement contraints par la Finma, l’autorité de surveillance des marchés financiers, de servir un rendement de 1,25% au moins sur les primes payées, nommé taux technique. Par comparaison, un emprunt obligataire de la Confédération ne rapporte cet été que 0,5%. Un niveau comparable à un compte d’épargne.

Mais le taux technique est en baisse depuis plusieurs années. Au troisième trimestre 2010, il était nettement supérieur à ce qu’il est aujourd’hui, à 1,7%. Il a graduellement été abaissé depuis lors (voir le graphique ci-dessus).

La faute à la chute des rendements des placements obligataires depuis l’éclatement de la crise financière en 2008. «Ce taux est réadapté tous les trimestres par la Finma sur la base de calculs qui tiennent compte des moyennes des rendements des émissions d’obligations de la Confédération des dix dernières années», explique Marc Fournier, expert chez Pittet & Associés, un actuaire indépendant à Genève.

… destinés à baisser

Le taux technique est appelé à baisser encore pendant quatre ou cinq ans. Sa base de calcul, les obligations anciennes, émises lorsque les coupons étaient élevés, disparaissent progressivement des portefeuilles des assureurs-vie à mesure qu’elles sont remboursées. Elles sont remplacées par des émissions récentes dont les coupons sont beaucoup plus bas. Tant que les rendements des obligations restent faibles, le taux technique s’abaissera. Si les rendements se redressent, le taux se stabilisera avant d’entamer une lente remontée. En tout état de cause, ce renversement prendra des années à se concrétiser.

Cela dit, les assurances procèdent à certaines déductions sur ce rendement. Ce sont les frais qu’elles facturent à leurs assurés à divers titres, comme les coûts d’acquisition, de recouvrement et d’administration. Addition faite, ces frais peuvent amenuiser le rendement réellement servi à l’assuré à un niveau proche, sinon inférieur à celui d’une obligation de la Confédération!

Le titulaire d’une assurance-vie peut toutefois espérer compléter son revenu en participant aux excédents. Ceux-ci sont les gains en capitaux effectués par la compagnie d’assurance sur ses placements, et qui sont redistribués aux assurés, déduction faite d’un certain nombre de frais et d’autres postes. Dépendant de chaque contrat d’assurance, leurs montants sont très variables. «Ils peuvent être substantiels, mais rien ne garantit qu’ils le seront à l’avenir», relève Marc Fournier.

Les excédents dépendent de la réussite de la politique de placement de la compagnie d’assurance. Si celle-ci place la fortune dans des actifs offrant un rendement et une performance élevés, ses gains seront importants, dont une partie reviendra à ses assurés. Mais dans le cas contraire, elle ne redistribuera pas grand-chose, voire rien du tout, et l’assuré devra se contenter du taux technique fixé actuellement à 1,25%.

Ces cinq dernières années, les assureurs ont redistribué en moyenne entre un tiers et un quart des capitaux qu’ils avaient accumulés grâce aux rendements de leurs placements, selon la Finma. L’année la plus faste a été 2008, avec une répartition de 1,5 milliard de francs, sur un total accumulé de 3,8 milliards. La plus chiche a été 2009, avec 1,06 milliard redistribué sur une accumulation totale de 4,11 milliards. L’an dernier, c’est 1,42 milliard qui a été attribué sur une accumulation de 3,65 milliards (voir infographie à la page suivante).

Chère liberté

Le détenteur d’un compte d’épargne peut vider son compte au moment où il le souhaite, dans la limite des retraits maximums posée par les banques, qui s’élèvent ordinairement à plusieurs dizaines de milliers de francs. C’est ce que l’on appelle la liquidité, autrement dit, la faculté pour l’épargnant d’accéder rapidement et simplement à son avoir.

Le propriétaire d’obligations de la Confédération jouit d’une liquidité similaire: il peut les revendre à son aise, moyennant le paiement des coûts de transaction et du droit de timbre, qui peuvent néanmoins dévorer une partie significative de son gain si son portefeuille est peu important.

Le titulaire d’une police d’assurance-vie jouit aussi de la liberté de retrait. Mais elle risque de lui coûter fort cher. Le montant qu’il peut retirer avant l’expiration de son contrat est appelé la valeur de rachat. Or celle-ci peut être bien plus basse que le total des primes payées. Un assuré qui a versé 10 000 francs de primes pendant cinq ans peut ne pouvoir retirer qu’une somme diminuée, mettons 6000 francs. «La valeur de rachat est nettement inférieure au total des primes payées pendant les premières années du contrat d’assurance. Il faut généralement attendre huit à dix ans pour que cette valeur s’approche du total des paiements», poursuit l’actuaire. La liquidité réelle de la police d’assurance-vie est donc moindre que celle d’un compte d’épargne ou d’un portefeuille de titres obligataires.

Pour le prix d’un rendement de son épargne légèrement supérieur à ce que lui offre toute autre solution de placement sûr, le titulaire d’une assurance-vie est donc davantage lié à son assureur qu’un détenteur d’un compte d’épargne classique ou d’obligations de la Confédération. Mais il peut bénéficier d’une fiscalité sensiblement plus avantageuse. Le détenteur d’un compte de 3e pilier lié a la possibilité de déduire ses primes de ses impôts sur le revenu, pour autant qu’elles ne dépassent pas 6739 francs par an pour un salarié et 33 696 francs pour un indépendant qui ne cotise pas à une institution de prévoyance. Pour le 3e pilier libre, les déductions diffèrent d’un canton à l’autre.

Choix éminemment personnel

Le versement des prestations peut aussi faire l’objet de traitements fiscaux privilégiés. C’est notamment le cas des versements en capital, qui ne sont pas taxés comme un revenu par la Confédération, et les cantons les taxent généralement à un taux réduit. Néanmoins, les assurés ne doivent pas oublier que la valeur de rachat de leurs contrats d’assurance est incluse dans le patrimoine du ménage pour la détermination de l’impôt sur la fortune.

Aussi, la question de base que devrait se poser tout preneur d’assurance est de savoir si les gains fiscaux lui paraissent suffisamment importants pour compenser le manque de disponibilité de son épargne, et le rendement somme toute pas si élevé que celle-ci pourra générer. Un choix éminemment personnel. Mais qui n’a rien à voir avec les éventuelles capacités de l’assureur à générer des performances extraordinaires.

Le taux technique maximum, déterminé par la Finma, a baissé de 1,7% à l’été 2010 à 1,25% actuellement. C’est le taux à partir duquel les assureurs doivent calculer le rendement des primes payées par leurs assurés. Le résultat est cependant déduit des frais, qui peuvent se révéler importants, si bien que le rendement net versé à l’assuré est souvent bien inférieur.

Source: Finma, taux technique maximum dans l’assurance-vie


 

Depuis 2008, les placements des compagnies d’assurance-vie évoluent dans une marge relativement étroite légèrement inférieure, la plupart du temps, au total de 4 milliards de francs par an. C’est sur cette base que sont déterminés les excédents revenant aux assurés. Aussi, ces derniers se maintiennent dans une proportion assez stable, entre 1 et 2 milliards de francs par an.

Source: Finma, rapport sur le marché de l’assurance 2013

 

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