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La finance durable gagne en maturité

Mis en ligne le 04.09.2013 à 05:56

DYNAMISME Depuis 2005, le marché suisse de l’investissement durable croît à un rythme annuel de 24%.  Les 48 milliards  de francs gérés  selon les critères  ISR se répartissent entre fonds de placement (52%), mandats (46%) et produits structurés (2%).

DYNAMISME Depuis 2005, le marché suisse de l’investissement durable croît à un rythme annuel de 24%. Les 48 milliards de francs gérés selon les critères ISR se répartissent entre fonds de placement (52%), mandats (46%) et produits structurés (2%).

MELCHIOR DE MURALT Associé chez de Pury Pictet Turrettini & Cie à Genève et directeur des fonds d’investissement responsable Guilé.

MELCHIOR DE MURALT Associé chez de Pury Pictet Turrettini & Cie à Genève et directeur des fonds d’investissement responsable Guilé.

ROLAND DOMINICE Cofondateur et directeur de Symbiotics à Genève, une institution spécialisée dans la microfinance.

ROLAND DOMINICE Cofondateur et directeur de Symbiotics à Genève, une institution spécialisée dans la microfinance.

  1. La finance durable gagne en maturité

    DYNAMISME Depuis 2005, le marché suisse de l’investissement durable croît à un rythme annuel de 24%. Les 48 milliards de francs gérés selon les critères ISR se répartissent entre fonds de placement (52%), mandats (46%) et produits structurés (2%).
  2. La finance durable gagne en maturité

    MELCHIOR DE MURALT Associé chez de Pury Pictet Turrettini & Cie à Genève et directeur des fonds d’investissement responsable Guilé. © DR
  3. La finance durable gagne en maturité

    ROLAND DOMINICE Cofondateur et directeur de Symbiotics à Genève, une institution spécialisée dans la microfinance.  © DR

ESSOR L’investissement socialement responsable élargit son audience. Reste que le soutien public est encore insuffisant pour que la Suisse puisse rivaliser avec des places comme Londres. Cheveux foncés, l’air affable, Nicolas Gonet...

ESSOR L’investissement socialement responsable élargit son audience. Reste que le soutien public est encore insuffisant pour que la Suisse puisse rivaliser avec des places comme Londres.

Cheveux foncés, l’air affable, Nicolas Gonet aurait pu se contenter de gérer la banque privée genevoise qui porte son nom. Mais les bouleversements qui affectent la gestion de fortune traditionnelle ont contraint le représentant de la cinquième génération de la famille à se réinventer. Notamment dans la finance durable, longtemps considérée comme anecdotique dans son domaine d’activité, sinon franchement ignorée.

Depuis l’été dernier, il collabore avec Symbiotics, le pionnier suisse de la microfinance, dans le cadre de son fonds émergent durable. «Non seulement nous sommes convaincus de l’intérêt et de l’impact positif de l’investissement socialement responsable (ISR) dans les stratégies d’investissement, mais c’est un véritable mouvement de fond qui répond à une demande de la clientèle», explique-t-il.

Une conviction que partagent, naturellement, les associations professionnelles à la pointe de la finance durable, Sustainable Finance Geneva (SFG) et The Sustainability Forum Zurich (TSF). «La Suisse a incontestablement les moyens de créer un avantage concurrentiel grâce à son engagement solidement ancré envers le développement durable», atteste Angela de Wolff, cofondatrice de SFG. Encore faut-il s’en donner les moyens, avertissent les deux associations dans un rapport commun (lire «L’Hebdo» du 27 juin), qui liste six mesures à prendre pour renforcer la compétitivité suisse. «La fenêtre d’opportunité est grande ouverte et il est temps d’agir.»

Une demande qui attire l’étranger

En Suisse, les principales banques disposent depuis longtemps d’unités affectées à ce type d’investissement dit socialement responsable. Certaines d’entre elles, comme J. Safra Sarasin ou Robeco SAM, s’en sont fait une spécialité en lançant, dès les années 90, des fonds compatibles ISR. Or, malgré un nombre croissant d’acteurs et une progression de 15% en 2012, cette activité demeure très modeste. Seuls quelque 50 milliards de francs sont gérés en Suisse, soit à peine 1% de la fortune totale (4612 milliards de francs en 2012, selon la BNS). A titre de comparaison, le marché européen des investissements ISR a atteint l’an dernier quelque 10 trillions d’euros (plus de 12 000 milliards de francs), selon les chiffres d’Eurosif (European Sustainable Investment Forum), qui rassemble les principales organisations spécialisées du continent.

Comment expliquer une telle différence? Certainement pas par une carence de compétences, comme l’a rappelé Bernard Gacon, président de SFG, en ouverture du 4e Geneva Forum for Sustainable Investment (GFSI) qui s’est tenu à Genève en juin dernier: «Nous avons le savoir-faire, mais pas toujours le faire-savoir.» Certainement pas non plus par un manque de clients. «Les caisses de pension, par exemple, sont demandeuses de ce type de produit, car il permet de limiter la variation des cours et d’optimiser la création de valeur à long terme», assure Roland Dominicé, directeur de Symbiotics. Des sollicitations si fortes que la concurrence étrangère n’hésite pas à venir séduire les clients directement en Suisse. A la fin du mois, des gérants de fonds américains, soutenus par leur Département du commerce, viendront en effet faire leur show à Zurich dans le cadre d’une tournée européenne.

Perception erronée

Alors, pourquoi la finance durable se vend-elle donc mal dans ce pays qui vient d’accepter l’initiative Minder sur les rémunérations abusives? «Par le passé, il est vrai que l’ISR a quelque peu souffert d’une perception de perte de rendement pour contrebalancer le coût social, ce qui n’est pas forcément justifié à mon sens», explique Roland Dominicé. A cela s’ajoute encore l’apparente complexité des critères extrafinanciers pris en compte par ces placements (facteurs environnementaux et sociaux, éthique et gouvernance d’entreprise, regroupés sous le terme d’ESG). «Pourtant, ce ne sont ni des produits dérivés ni des hedge funds», fait remarquer le directeur de Symbiotics, dont les fonds en obligations ont connu entre 4 et 9% de rendement l’an dernier.

«En ces temps de faible croissance économique et de surendettement en Europe, la finance durable s’offre clairement comme une opportunité contre les fluctuations des marchés.» Et de rappeler que la Suisse, et plus particulièrement Genève, est le plus grand marché d’investissement en microfinance, gérant plus d’un quart des 10 milliards de dollars investis mondialement dans le secteur aujourd’hui.

Le rôle attendu du politique

L’ISR ne serait donc pas juste un alibi. Or, si de plus en plus d’initiatives privées se développent à l’image de celle lancée par la banque Gonet & Cie, c’est le soutien public qui se fait attendre, regrettent les professionnels. Pourtant, les exemples ne manquent pas: Londres, Luxembourg ou les Pays-Bas ne cessent de mettre en place des incitations fiscales et réglementaires pour favoriser ce secteur.

Il est temps d’agir, faute de quoi la place financière laissera passer le train, martèlent les associations professionnelles qui appellent de leurs vœux à la création de nouvelles catégories de fonds de placement, à des incitations fiscales, à la mise en place d’une plateforme pour négocier les appels d’offres et d’une bourse des entreprises sociales, à l’adhésion de la Bourse suisse à l’initiative de l’ONU des bourses durables et à l’ouverture de filières de formation spécifique. Autant de projets qui nécessitent des prises de position du Parlement, du Conseil fédéral et de la Finma, le gendarme financier.

Sans pour autant tomber dans l’extrême de la ghettoïsation de la finance durable, prévient le patron de Symbiotics, qui a développé l’an dernier un fonds en collaboration avec l’ONG britannique Oxfam à la demande de la City de Londres: «L’ISR n’est pas une alternative à d’autres classes d’actifs, mais une option parmi d’autres dont la philosophie est l’investissement à long terme.»

A long terme et dans une perspective globale, renchérit Melchior de Muralt. Pour l’associé auprès de l’un des plus importants gérants de fortune, de Pury Pictet Turrettini & Cie (2,6 milliards d’actifs sous gestion pour le compte de 800 clients institutionnels et privés), et directeur des fonds d’investissement responsable Guilé, «il est à parier que, d’ici à quelques années, l’investissement responsable aura disparu. L’ensemble des professionnels de l’investissement intégrera, dans son processus de sélection de titres, les critères ESG communiqués de manière pertinente par les entreprises. Il exercera encore systématiquement le droit de vote attaché à ses actions en portefeuille et, enfin, il engagera un véritable dialogue d’analyste financier sur la stratégie de développement durable et sa pertinence. La disparition de l’investissement responsable sera alors sa plus grande victoire!»

La révolution de l’intégration

Intégrer les critères ESG dans le cadre de la gestion active de portefeuille pour en mesurer la durabilité, ainsi que dans la sélection et la valorisation des actions, des obligations et même des actifs immobiliers, telle est la méthode adoptée par la société genevoise de gestion 1875 Finance: «Aujourd’hui, les optimums économique et financier ne peuvent être atteints sans cette intégration. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle révolution: la durabilité pénètre les Etats comme les consommateurs et les entreprises, ce qui modifie la gestion d’actifs», soutient Edouard Crestin-Billet, responsable de la gestion institutionnelle auprès de 1875 Finance.

Les pressions institutionnelles et des marchés vont, selon lui, accélérer encore ce mouvement vers l’intégration. Ce qui devrait permettre à la Suisse de capitaliser durablement sur son savoir-faire en matière de gestion responsable et durable. A l’image de la part des actifs gérés par la banque Gonet & Cie qui a plus que doublé en seulement douze mois.

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