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Le joyau menacé de la place financière

Mis en ligne le 04.09.2013 à 05:55
DOMINATION Selon le classement réalisé par l’hebdomadaire Handelszeitung et la société de renseignements économiques Dun & Bradstreet, les entreprises actives dans le trading de matières premières dominent l’économie suisse. Comparativement, le géant alimentaire Nestlé arrive au cinquième rang avec des ventes de 92,2 milliards de francs.

DOMINATION Selon le classement réalisé par l’hebdomadaire Handelszeitung et la société de renseignements économiques Dun & Bradstreet, les entreprises actives dans le trading de matières premières dominent l’économie suisse. Comparativement, le géant alimentaire Nestlé arrive au cinquième rang avec des ventes de 92,2 milliards de francs.

NEGOCE Pesant plus lourd que l’horlogerie, le trading de matières premières est devenu un pilier porteur pour les banques. Mais des réformes fiscales diminuent l’attractivité de la Suisse. «Avec la crise...

NEGOCE Pesant plus lourd que l’horlogerie, le trading de matières premières est devenu un pilier porteur pour les banques. Mais des réformes fiscales diminuent l’attractivité de la Suisse.

«Avec la crise financière, obtenir du crédit auprès des banques est devenu plus difficile.» Mamadou Ciss, fondateur et président d’Alliance Commodities à Genève, est soucieux. Ce vieux routier du négoce du riz, titulaire d’une licence d’économie de l’Université de Genève et ancien collaborateur de Jean-Claude Gandur, l’un des piliers de la place, en a certes vu d’autres. Mais, selon lui, les défis auxquels le négoce de matières premières doit faire face en Suisse se sont accrus ces dernières années.

«Grâce à un très bon track record (historique des affaires, ndlr), les banques nous font toujours confiance. Elles sont cependant moins enclines à prendre des risques et plus strictes dans les critères d’attribution de lignes de crédit, détaille ce spécialiste. Avant la crise, les institutions financières nous priaient d’apporter 10% de fonds propres par transaction. Aujourd’hui, elles nous demandent d’en apporter jusqu’au double. Pour un secteur qui nécessite d’importantes liquidités, ces restrictions peuvent s’avérer un frein aux activités.»

Un secteur gourmand en capitaux

Outre l’achat et la vente, le négoce physique, tel qu’il se pratique majoritairement en Suisse, comprend aussi le transport et le financement des matières premières, généralement assurés par les banques (commodity trade finance). Celles-ci couvrent entre 70 et 90% des montants engagés, soit quelque 1500 milliards de francs en 2011, d’après l’Association suisse des banquiers (ASB). Les deux grandes banques suisses et certains établissements cantonaux sont actifs sur ce marché des financements commerciaux dominé, par tradition, par les banques françaises BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale.

Profitant de prescriptions moins strictes en termes de fonds propres, d’autres acteurs émergent, comme les banques maltaises, indiennes, brésiliennes ou chinoises, des fonds d’investissement (Niton Capital, EuroFin Asia), des structures qui mettent en relation investisseurs et sociétés de négoce (Commodity Trade Invest), quand ce ne sont pas les grosses sociétés de négoce elles-mêmes qui se substituent aux banques.

Cette situation inquiète les milieux économiques et politiques. Assujettie à des exigences plus sévères en matière de dotations des capitaux et compte tenu du retard pris par l’introduction de Bâle III aux Etats-Unis et en Europe, la compétitivité de la Suisse pourrait s’affaiblir. Au moment même où le négoce de matières premières va encore gagner en importance compte tenu de la prospérité mondiale, «ce qui devrait être bénéfique non seulement au secteur bancaire suisse, mais aussi à toute l’économie du pays», avance l’ASB. Selon ses projections conjointes avec le Boston Consulting Group, les taux de croissance des revenus issus du financement du trading devraient atteindre 4% par année à partir de 2015. Si, naguère, cette activité a pu se développer grâce à une place financière suisse forte, aujourd’hui «elle est un pilier porteur pour les banques en pleine mutation».

Un impact loin d’être symbolique

Au bénéfice d’une croissance fulgurante depuis dix ans, le négoce de matières premières a produit l’an dernier 3,6% du PIB, soit bien davantage que le tourisme (3%), le double de l’industrie des machines (1,8%) et loin devant l’horlogerie (1,5%). «La progression du négoce de matières premières a été à l’origine de la moitié de la croissance du PIB en 2010, ce qui a contribué notablement à la stabilité économique de la Suisse dans un contexte international tendu», relève l’ASB dans un rapport publié en mars dernier. Et son directeur, Claude-Alain Margelisch, d’insister: «Le négoce de matières premières est désormais considéré comme un secteur à part entière.»

Son impact est en effet loin d’être symbolique sur l’économie suisse. D’un peu plus de 1 milliard de francs en 2001, les revenus nets du négoce sont passés à plus de 20 milliards en 2011. Quant aux recettes des ventes réalisées à l’étranger, elles se sont élevées à 763 milliards en 2011, d’après la balance des paiements calculée par la Banque nationale suisse (BNS), soit davantage que celles tirées des services financiers à l’étranger par les banques helvétiques.

A l’échelle mondiale d’un marché évalué à 1900 milliards de dollars, la Suisse détient 35% de parts de marché du pétrole brut et des céréales, 50% du sucre et 60% des métaux et du café, selon un rapport du Conseil fédéral. Si Genève s’impose comme le plus grand centre de négoce du pétrole au monde, Zoug concentre le marché des minéraux et des métaux, tandis que Lugano, Zurich, Lucerne et Winterthour jouent un rôle important dans des secteurs comme le café, l’or ou l’acier.

Concrètement, cela représente 570 entreprises, des maisons de commerce aux banques spécialisées dans le financement du négoce en passant par les sociétés d’inspection des marchandises, les transporteurs maritimes, les assurances, les études d’avocats, les fiduciaires et les consultants, qui emploient plus de 10 500 collaborateurs. Des entreprises qui figurent parmi les plus grandes de Suisse en termes de chiffre d’affaires (voir encadré).

La concurrence fiscale s’intensifie

Il n’y a cependant pas que les conditions-cadres en matière de financement qui pèsent aujourd’hui sur l’avenir du négoce en Suisse. La troisième réforme de la fiscalité des entreprises représente un autre défi pour ces acteurs qui bénéficient de régimes fiscaux particuliers. «L’industrie des matières premières est moins bien accueillie que par le passé et le taux d’imposition est plus bas dans d’autres régions. Pour les entreprises extérieures désireuses de s’étendre, il y a moins de raisons de venir aujourd’hui en Suisse qu’il y a quinze ans», commente Martin Fasser, président de la Zug Commodity Association (ZCA). Cependant, la modification des taux d’imposition risque davantage, selon lui, de freiner la croissance future du secteur en Suisse que de provoquer un exode.

Ce que confirme l’enquête réalisée par le Département fédéral des finances (DFF) avec l’appui des associations professionnelles (Geneva Trading and Shipping Association, Lugano Commodity and Trading Compay et ZCA) et menée auprès d’entreprises suisses de matières premières. Elle conclut que la Suisse perdra, au cours des cinq prochaines années, un peu de son attrait au profit notamment de Singapour, voire de Dubaï, qui profite d’un décalage horaire moins important avec l’Europe et propose un taux d’imposition à zéro.

«C’est sans doute l’une des raisons qui ont récemment incité Trafigura à renforcer sa présence à Singapour aux dépens de Genève», estime le rapport de la plateforme interdépartementale matières premières à l’attention du Conseil fédéral publié en mars dernier. D’autres pourraient suivre, si les conditions-cadres venaient à se durcir en Suisse, comme l’atteste Mamadou Ciss: «Si le statut de société auxiliaire devait être aboli, la plupart des grandes sociétés de négoce quitteront la Suisse. Par contre, si on nous demande de payer deux ou trois points d’impôts en plus (le taux actuel est de 11%), je pense que cela aura peu d’effet. Les sociétés resteront pour la qualité de vie et les compétences disponibles en Suisse.»

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