Chères lectrices, chers lecteurs,

Nous vous informons que le dernier numéro de L'Hebdo paraîtra exceptionnellement le vendredi 3 février 2017.

En vous remerciant de votre compréhension.

Texte plus petit Texte plus grand Imprimer cette page
Hebdo » Finance

Le nouveau triomphe du crédit à haut risque

Mis en ligne le 04.09.2014 à 05:57

LES MAITRES DU DOLLAR Les gouverneurs de la Federal Reserve (Fed), la banque centrale américaine, sous la présidence de Janet Yellen (à g.), ne voient pas la nécessité de freiner l’expansion du crédit. Au risque de créer une bulle encore plus dévastatrice que celle qui a précipité la crise des subprimes.

LES MAITRES DU DOLLAR Les gouverneurs de la Federal Reserve (Fed), la banque centrale américaine, sous la présidence de Janet Yellen (à g.), ne voient pas la nécessité de freiner l’expansion du crédit. Au risque de créer une bulle encore plus dévastatrice que celle qui a précipité la crise des subprimes.

Michel Girardin Conseiller économique indépendant formé  à la HEC de Lausanne et à la London School  of Economics, ce spécialiste en stratégies d’investissement est chargé de cours aux Universités de Genève et de Lausanne. Il a été chef économiste de l’Union bancaire privée jusqu’en 2013.

Michel Girardin Conseiller économique indépendant formé à la HEC de Lausanne et à la London School of Economics, ce spécialiste en stratégies d’investissement est chargé de cours aux Universités de Genève et de Lausanne. Il a été chef économiste de l’Union bancaire privée jusqu’en 2013.

  1. Le nouveau triomphe du crédit à haut risque

    LES MAITRES DU DOLLAR Les gouverneurs de la Federal Reserve (Fed), la banque centrale américaine, sous la présidence de Janet Yellen (à g.), ne voient pas la nécessité de freiner l’expansion du crédit. Au risque de créer une bulle encore plus dévastatrice que celle qui a précipité la crise des subprimes. © Getty Images
  2. Le nouveau triomphe du crédit à haut risque

    Michel Girardin Conseiller économique indépendant formé à la HEC de Lausanne et à la London School of Economics, ce spécialiste en stratégies d’investissement est chargé de cours aux Universités de Genève et de Lausanne. Il a été chef économiste de l’Union bancaire privée jusqu’en 2013. © DR

ANALYSE Aux Etats-Unis, il est de nouveau possible d’emprunter sans offrir de garanties en échange. La Fed n’y voit pas de problème. Pourtant, c’est là qu’a débuté la grande crise...

ANALYSE Aux Etats-Unis, il est de nouveau possible d’emprunter sans offrir de garanties en échange. La Fed n’y voit pas de problème. Pourtant, c’est là qu’a débuté la grande crise financière de 2008.

Michel Girardin

«No Income, No Jobs, no Assets»: sans revenu, sans emploi, sans fortune. Voilà les trois conditions qu’il faut remplir pour obtenir un prêt NINJA. Cet eldorado du crédit pour tous, qui permet à chacun de posséder son 4x4 et sa maison, c’est bien entendu aux Etats-Unis qu’on le trouve, grâce à des banques particulièrement souples. Depuis la «grande récession» de 2008, la Fed, la banque centrale américaine, devrait pourtant savoir que les bulles spéculatives gonflées au crédit sont extrêmement dangereuses. Mais elle se refuse encore et toujours d’agir avant que l’endettement ne devienne excessif. En cela, le retour du crédit pour tous n’est pas de bon augure pour les marchés financiers et l’économie mondiale.

Les crédits à risque pour les achats de voiture et d’immobilier outre-Atlantique ont dépassé les pics atteints peu avant la crise de 2008. Il s’agit là des fameux crédits subprimes qui seraient à l’origine de la crise. Certes, les prêts aux NINJA ne représentent qu’une partie de ces crédits à risque, mais elle atteint elle aussi des sommets inégalés. Ces crédits, nous pourrions les nommer «sub-subprimes», soit le «subprime du subprime», à savoir la tranche la plus risquée des crédits à risque.

Faut-il s’en inquiéter? Une étude récente de la banque centrale américaine* réfute l’explication selon laquelle les crédits à risque sont à l’origine de la crise financière, arguant qu’il ne faut pas confondre corrélation et causalité: que les banques américaines finissent par devoir assainir leurs bilans lourdement grevés de crédits à risque au moment où l’économie américaine connaît la «grande récession» de 2008 ne signifie par pour autant que ceci explique cela. Et peut-être même que s’il y a causalité, elle va dans le sens inverse, à savoir que c’est la récession qui provoque la crise liée à l’insolvabilité des fameux NINJA.

Pour savoir si les largesses de certaines banques en matière de crédit peuvent provoquer des récessions, et si la banque centrale est donc tenue d’agir de manière préventive pour éviter que les bulles ne deviennent excessives, il est donc nécessaire de cerner les liens de causalité entre le crédit et la croissance.

La Fed se voile la face

Les économistes classiques et néoclassiques comme John Stuart Mill ou Léon Walras ne voyaient dans la monnaie, et par extension le crédit, qu’un simple voile, posé non-chalamment sur les échanges commerciaux. En augmenter la quantité en circulation n’était certainement pas pour doper la demande des ménages ou la production des entreprises. Seul le niveau des prix s’en ferait l’écho. Avec Joseph Schumpeter, au début du XXe siècle, le crédit permet de financer la «destruction créatrice» des innovations, moteur de la croissance. La preuve empirique que le lien de cause à effet part bien du crédit pour aller vers la croissance sera apportée par Clive Granger dans les années 70.

Malgré ce lien évident entre crédit et croissance, la banque centrale américaine rechigne aujourd’hui encore à vouloir contrer de manière préventive les excès sur le marché du crédit. Janet Yellen, l’actuelle présidente de la Fed, avance deux arguments pour justifier son laisser-faire. Premièrement, les bulles spéculatives sont difficiles à identifier: «On ne sait qu’elles existent que lorsqu’elles éclatent», avait coutume de dire Alan Greenspan, l’un de ses prédécesseurs. Deuxième argument: ce n’est pas à la banque centrale d’assurer la stabilité financière, mais à l’autorité de surveillance des banques, qui doit veiller à ce que leurs bilans soient suffisamment solides pour encaisser des crises financières.

Une faible démonstration

Le premier argument se réfute aisément: ce n’est pas parce qu’une variable est difficile à mesurer qu’il faut l’ignorer. Devrions-nous placer toutes nos économies exclusivement sur notre livret d’épargne sous prétexte que nous ne savons pas de quoi l’avenir sera fait pour les actions, les obligations et les autres véhicules de placement? Au passage, la Fed utilise la variable du «PIB de plein-emploi» pour façonner sa politique monétaire: il s’agit là d’une notion théorique autrement plus difficile à quantifier qu’un niveau excessif de crédit dans le système financier.

L’argument du «c’est pas à moi de le faire» est également un peu faible. Bien sûr, il revient à l’autorité de surveillance de veiller à ce que les banques soient suffisamment solides. Mais c’est tout de même à la banque centrale de s’assurer qu’il n’y a pas d’endettement excessif des ménages et des entreprises avec sa politique d’argent facile et, surtout, les assurances qu’elle donne en matière de taux intérêt. Déclarer que ces derniers ne remonteront pas avant que le taux de chômage ne passe en dessous d’un certain seuil, c’est encourager les ménages et les investisseurs à s’endetter massivement.

La patronne du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, a coutume de dire que le crédit, c’est comme le cholestérol: il y a le bon et il y a le mauvais, selon qu’on l’utilise pour sa propre consommation ou pour l’investissement. Reste que même ce dernier peut tomber dans la première catégorie lorsqu’il est pris à trop forte dose.

* «Avoiding the Next Crisis: Can Central Banks Learn?», Robert Hetzel, économiste sénior à la Federal Reserve Bank of Richmond, in «Cato Journal», vol. 33,
No 3 (automne 2013).

L'Hebdo

Cette semaine
dans l'hebdo

ePAPER


Idées & débats

Réactions



Projecteurs

Le Forum des 100



Les rendez-vous du Forum



Nos Hors-séries

Voyages


Prix des lecteurs