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Le nouvel eldorado des banques suisses

Mis en ligne le 04.09.2013 à 05:57

EDOUARD CRESTIN-BILLET Chef stratégiste, responsable de l’analyse financière et de la gestion institutionnelle en Suisse auprès de Mirabaud & Cie ­durant douze ans, Edouard Crestin-Billet a rejoint 1875 Finance au début de l’année pour développer les activités de gestion institutionnelle. Auparavant, il était responsable de la division investissement de la Banque Edouard Constant.

EDOUARD CRESTIN-BILLET Chef stratégiste, responsable de l’analyse financière et de la gestion institutionnelle en Suisse auprès de Mirabaud & Cie ­durant douze ans, Edouard Crestin-Billet a rejoint 1875 Finance au début de l’année pour développer les activités de gestion institutionnelle. Auparavant, il était responsable de la division investissement de la Banque Edouard Constant.

Source: OFS, statistiques des caisses de pension 2012

Source: OFS, statistiques des caisses de pension 2012

  1. Le nouvel eldorado des banques suisses

    EDOUARD CRESTIN-BILLET Chef stratégiste, responsable de l’analyse financière et de la gestion institutionnelle en Suisse auprès de Mirabaud & Cie ­durant douze ans, Edouard Crestin-Billet a rejoint 1875 Finance au début de l’année pour développer les activités de gestion institutionnelle. Auparavant, il était responsable de la division investissement de la Banque Edouard Constant. © Thierry Parel
  2. Le nouvel eldorado des banques suisses

    Source: OFS, statistiques des caisses de pension 2012

GESTION INSTITUTIONNELLE La place financière helvétique veut s’affirmer comme un leader mondial du secteur. De plus en plus d’instituts se lancent dans cette activité en constituant des équipes. Fin décembre...

GESTION INSTITUTIONNELLE La place financière helvétique veut s’affirmer comme un leader mondial du secteur. De plus en plus d’instituts se lancent dans cette activité en constituant des équipes.

Fin décembre 2012, l’un des plus importants gérants indépendants de la place de Genève, 1875 Finance, engage un cador de la prévoyance, Edouard Crestin-Billet. Son but: développer la gestion institutionnelle. Car son potentiel peut être mieux exploité, assure le nouvel associé-gérant: «Cela répond à une demande des clients, en particulier des caisses de pension, qui recherchent avant tout des structures indépendantes sans conflits d’intérêts. Comme nous ne disposons pas de produits maison, nous pouvons leur offrir des solutions adaptées à leurs besoins dont le seul objectif est la gestion efficace de leur portefeuille.»

D’ici à cinq à sept ans, l’établissement genevois a l’ambition d’atteindre le montant respectable de 3 à 5 milliards d’actifs sous gestion et de s’imposer comme un acteur de référence, en vendant notamment son savoir-faire à l’étranger. «En Suisse, nous avons toujours appris à diversifier internationalement l’épargne qui nous était confiée. C’est notre force et notre réputation. Pour se développer, la place financière doit concentrer ses efforts sur les processus d’investissement pour les rendre plus professionnels, robustes et reproductibles», développe le professionnel.

Une situation de privilège

«La Suisse dispose d’atouts qui lui permettent de s’imposer comme une place de première importance dans le domaine de l’asset management (gestion d’actifs au sens large qui consiste à créer et gérer des produits de placements pour des tiers, ndlr)», renchérit Gérard Fischer, directeur de Swisscanto, l’un des plus grands acteurs du secteur, qui appartient aux banques cantonales avec une masse sous gestion dépassant les 50 milliards de francs.

Ce d’autant que la concurrence internationale demeure éparse et molle. «Dans ce segment d’affaires, les pays anglo-saxons sont au bénéfice d’une culture établie. Cependant, ces places souffrent d’un cadre légal relativement complexe, également soumis à des changements. Quant à Dubaï et Singapour, qui entendent jouer un rôle dans ce secteur, la Suisse possède encore une longueur d’avance sur eux. Finalement, le Luxembourg, que l’on cite souvent en exemple par la quantité de fonds qui y sont enregistrés, est trop exigu pour les gérer seul. C’est pourquoi leur gestion est bien souvent confiée à la Suisse», précise Gérard Fischer qui, en tant que vice-président de la SFAMA (Swiss Funds & Asset Management Association), a participé à l’élaboration de la feuille de route de l’Association suisse des banquiers (ASB) pour renforcer ce pôle d’activités.

En fin d’année dernière, l’ASB a en effet mis sous les feux de la rampe ce secteur de la gestion institutionnelle (caisses de pension, assurances, fonds de placement, etc.), longtemps considéré comme non prioritaire pour la place financière suisse et dont le principe est d’être orienté sur l’investissement à long terme. Avec l’appui du Boston Consulting Group et en collaboration avec l’Association des fonds de placements (SFA), l’ASB a démontré que le développement de ces activités en tant que métier à part entière pourrait faire progresser les revenus bruts de 1,8 milliard de francs d’ici à 2015. En tout, ils pourraient grimper à 7,8 milliards d’ici à trois ans, contre 6 milliards en 2010. De quoi compenser «des activités en perte de vitesse» comme la gestion de fortune qui souffre de l’érosion de ses marges.

La concurrence s’intensifie

Mais, prévient le directeur de Swisscanto, «nous devons exploiter cette situation de privilège. Et vite. Car quand vous voulez gagner une course, il ne faut pas y aller en marchant.» Depuis quelques mois, la concurrence s’est d’ailleurs intensifiée dans la gestion des avoirs de la prévoyance professionnelle suisse. Plusieurs boutiques ont fait part de leur volonté de s’engager dans cette voie et ont monté des équipes dédiées à ces activités. Il faut dire que le gâteau est alléchant: le premier et le deuxième pilier représentent entre 700 et 750 milliards de francs d’actifs à gérer. Ce qui fait de la Suisse le troisième marché institutionnel en Europe, derrière le Luxembourg et la France.

La Banque Bonhôte a ainsi opéré une diversification vers l’institutionnel alors qu’elle est active depuis 1815 dans la gestion privée. La petite institution neuchâteloise entend se positionner davantage sur ce segment en proposant une solution de rechange aux grands groupes financiers. A Genève, la Banque Privée Edmond de Rothschild (BPER), qui gère environ 60 milliards de francs pour des institutionnels ou en fonds de placement, a récemment réorganisé ses capacités de gestion et a mis en place un bureau de gestion des actifs semi-institutionnels «en référence au caractère hybride des acteurs du 2e pilier» à l’attention des caisses de pension de taille moyenne et des clients privés à caractère institutionnel.

Le défi de la réglementation

Cette nouvelle priorité prend tout son sens dans l’environnement actuel de taux bas qui pèse notamment sur les objectifs de rendement des caisses de pension. «Bien trop souvent encore, la gestion institutionnelle se contente de faire de la gestion indicielle (technique qui consiste à investir en reproduisant la composante d’un indice dans le portefeuille d’actifs, ndlr). Cette stratégie permet certes de minimiser les coûts visibles, mais présente souvent des risques cachés en raison de ses liens éloignés avec les fondamentaux économiques. Tout n’est pas uniquement une question de coûts. A l’avenir, il va falloir s’habituer à développer des méthodes qui génèrent valeur et revenus», renchérit le patron de Swisscanto.

Etablir l’asset management comme une marque spécifique de la place financière suisse passera aussi par la mise en place de standards et une réglementation efficaces. Comme l’explique Gérard Fischer, «notre activité était peu réglementée jusqu’à récemment, à l’exception de la Loi sur les placements collectifs de capitaux (LPCC). Cependant, les fonds de placement, les caisses de pension, les assurances et les gérants indépendants sont soumis à de nombreuses règles différentes, parfois peu adaptées à leurs tâches et bien souvent difficiles à appréhender par le client. Cet environnement légal est trop complexe, manque de cohérence et n’est pas favorable à l’essor de l’asset management. Il est donc nécessaire de réfléchir à ce qui doit être réglementé et comment le réglementer pour protéger le client, qu’il soit Suisse ou géré depuis la Suisse.»

Cette nouvelle réglementation représente

un véritable défi pour la place financière suisse, car elle doit à la fois garantir aux gérants helvétiques l’accès aux marchés étrangers, en particulier européen, tout en préservant l’accès à notre marché aux acteurs étrangers. L’une des pistes explorées par le groupe de travail en charge d’établir ces normes pourrait s’inspirer du modèle américain qui privilégie une déclaration de respect des règles en vigueur paraphée chaque année par les gérants, le régulateur n’intervenant qu’en cas d’abus ou d’irrégularités. Une façon en somme de responsabiliser les gestionnaires. «Nous avons tout à gagner d’une législation qui protège l’épargne, sans être trop contraignante, notamment au niveau des coûts, afin de garantir la compétitivité de notre place financière», conclut Edouard Crestin-Billet.

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