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Les parcs nationaux, un placement idéal?

Mis en ligne le 08.10.2015 à 05:53

Yves Genier

FINANCE DURABLE Les investisseurs, et peut-être demain les petits épargnants, ont la possibilité d’engager des fonds dans des réserves naturelles. Une démarche qui exige beaucoup d’expertise , car les risques sont élevés.

Dans l’ouest de Madagascar, la région de Mandrozo réunit sur quelque 15 000 hectares à peu près tout ce qui constitue la richesse d’un environnement préservé: un lac qui en forme le cœur, un kaléidoscope de zones humides, de forêts et de prairies sèches abritant nombre d’espèces animales de la grande île de l’est africain.

Protégée par l’Union internationale de conservation de la nature (UICN) à Gland, la réserve est aussi strictement sauvegardée par le gouvernement malgache depuis juin 2012. Pourtant, sans un solide apport de fonds extérieurs, la préservation de ces espaces serait largement théorique, faute de moyens pour rémunérer des gardiens et aider les habitants de la région à améliorer leurs conditions de vie, par exemple en développant un système d’approvisionnement en eau potable.

Jusqu’ici, ce sont de grandes organisations non gouvernementales, comme l’UICN ou le Peregrine Fund, basé aux Etats-Unis, qui ont couvert l’essentiel des besoins financiers. Mais ces organisations, toujours plus sollicitées de toutes parts, sont en train de transférer une partie de leurs engagements à de nouveaux partenaires. En sollicitant des milliardaires disposés à consacrer une partie de leur fortune à la bonne cause. Et aussi en cherchant à persuader les investisseurs que la préservation des ressources de la nature est tout aussi importante que les perspectives de rendement. Des professionnels comme des amateurs. Des riches comme des petits épargnants.

Dans quelques années, «il devrait être possible de placer une partie de ses économies dans les parcs nationaux et autres sites dignes de préservation», se réjouit Fabian Huwyler, expert en conservation finance chez Credit Suisse. Et ce ne sera pas forcément un mauvais placement. Les modèles existants produisent des rentabilités de l’ordre de 5 à 7%, nettement supérieures aux rendements des placements traditionnels.

Plusieurs types de fonds

Depuis une décennie, les banques commerciales, Credit Suisse et JP Morgan en tête, mettent en place un système de «financement de la conservation de la nature», sous l’appellation anglaise de conservation finance. Avec un certain succès. Chaque année, le volume de fonds investis s’accroît en moyenne de 26%. Les montants demeurent cependant très modestes, 1,9 milliard de dollars levés entre 2009 et 2013. Néanmoins, d’ici à 2018, les experts espèrent obtenir 5,6 milliards supplémentaires de la part d’investisseurs privés.

Leur principale difficulté est d’attirer des investisseurs dans un domaine où les véhicules de placement restent rares, et qui manque encore largement d’expérience. Et c’est compter sans la difficulté principale de l’exercice, qui est de démontrer que l’on peut gagner de l’argent sur des réserves naturelles sans les massacrer.

Les financiers planchent à cet égard sur la constitution de plusieurs types de fonds. Celui qui a le plus de succès est celui qui achète des milliers d’hectares de terres agricoles pour les exploiter selon les principes du développement durable. Un autre préconise l’aménagement, dans des zones préservées, d’hôtels ouverts à un tourisme de luxe. Enfin, il est aussi possible d’investir dans des «puits de carbone», ces zones hautement végétalisées dont la détention permet de vendre des droits de polluer aux entreprises qui dépassent leurs quotas d’émissions.

Mais la canalisation des investissements, et donc les profits de cette nouvelle classe d’actifs, n’est pas maîtrisée. Ces placements dépendent fortement de questions réglementaires, comme la définition des critères déterminant le niveau des prix des droits de polluer. Une part essentielle des calculs de rentabilité dépend encore de décisions politiques ou administratives susceptibles de changer rapidement. Dans ce genre de situation, il vaut mieux être proche des centres de décision pour investir, afin d’être rapidement informé des changements susceptibles de survenir, voire de les influencer.

En outre, le rendement moyen est nettement inférieur à celui de placements à niveaux de complexité et de risques similaires dans des entreprises non cotées en Bourse. Aussi, il faut avoir les reins solides et l’esprit d’aventure pour placer des sous dans ce type d’investissement.

Il n’est donc pas étonnant que les expériences conduites jusqu’ici soient toutes le fait d’investisseurs expérimentés agissant soit en solo, soit après avoir bouclé un tour de table. Malgré tout, certaines grandes banques d’affaires rêvent de faire monter à bord des épargnants plus modestes d’ici à quelques années. Avec un argument marketing massue: investir dans les richesses naturelles comme à Madagascar, afin d’accroître le niveau de protection, étendre l’aire protégée, soutenir les populations concernées en leur offrant des écoles, ou en maîtrisant quelques flux touristiques.

Le jeu est encore très loin d’en valoir la chandelle pour l’épargnant standard. Même si le sentiment de détenir une part de parc national peut sembler au premier abord très séduisant.


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