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"Difficile de croire à une reprise cette année"

Mis en ligne le 22.11.2012 à 10:20

MICHEL JUVET Associé de la banque Bordier & Cie, Genève.

MICHEL JUVET Associé de la banque Bordier & Cie, Genève.

CAROLINE WEBER Responsable de la stratégie de placement de Bridport, Genève.

CAROLINE WEBER Responsable de la stratégie de placement de Bridport, Genève.

ANDREAS HOFERT Chef économiste, UBS, Zurich.

ANDREAS HOFERT Chef économiste, UBS, Zurich.

ALAIN FREYMOND Directeur de BBGI Group, Genève.

ALAIN FREYMOND Directeur de BBGI Group, Genève.

  1. "Difficile de croire à une reprise cette année"

    MICHEL JUVET Associé de la banque Bordier & Cie, Genève. © Photo: Luca Da Campo, Strates
  2. "Difficile de croire à une reprise cette année"

    CAROLINE WEBER Responsable de la stratégie de placement de Bridport, Genève. © Photo: Luca Da Campo, Strates
  3. "Difficile de croire à une reprise cette année"

    ANDREAS HOFERT Chef économiste, UBS, Zurich. © Photo: Luca Da Campo, Strates
  4. "Difficile de croire à une reprise cette année"

    ALAIN FREYMOND Directeur de BBGI Group, Genève. © Photo: Luca Da Campo, Strates

TABLE RONDE Comment se positionner face à une conjoncture incertaine? Les perspectives de placements passées sous la loupe de quatre stratèges. A quoi ressemblera la conjoncture en 2012 ? Michel Juvet: Les programmes de restrictions...

TABLE RONDE Comment se positionner face à une conjoncture incertaine? Les perspectives de placements passées sous la loupe de quatre stratèges.

A quoi ressemblera la conjoncture en 2012 ?

Michel Juvet: Les programmes de restrictions budgétaires et de désendettement dans lesquels se sont engagés les Etats ne renforcent pas l’activité économique, bien au contraire. Celle-ci sera, au mieux, stagnante au premier semestre. Un début de croissance devrait se manifester dès le 2e semestre grâce à des baisses de taux d’intérêt dans les marchés émergents, dont le dynamisme va néanmoins se ralentir, et à  une résolution de la crise de l’euro. En Suisse, la croissance devrait se situer entre 0 et 1%. L’élément positif de 2011, c’est que les «méchants marchés» ont réussi à contraindre de mauvais responsables politiques à prendre de bonnes décisions en matière de finances publiques.

Caroline Weber: Nuançons. Les entreprises montrent une situation moins pessimiste que celle que dépeignent les indicateurs macroéconomiques. Les exportations européennes se reprennent grâce aux pays émergents. Certes, les pays du sud de l’Union européenne vont connaître une sévère récession en 2012, mais la zone euro dans son ensemble pourrait y échapper. Personnellement, je crains surtout un scénario de stagflation, une inflation qui reste élevée et une croissance faible, voire négative. L’inflation dépasse déjà 2% dans l’ensemble des pays de la zone. Même si les marchés n’y sont pas encore sensibles, ce sera un thème important cette année.

Alain Freymond: La croissance mondiale sera selon nous supérieure au consensus des économistes, qui est trop pessimiste. A l’exception de l’Europe, les trois principales économies mondiales seront en croissance. La Suisse devrait croître elle aussi grâce à une consommation intérieure soutenue et à un taux de change moyen stabilisé.

M. J. La grande menace qui pèse sur la Suisse, c’est la déflation interne (baisse de la production et des revenus) provoquée par la baisse de la demande extérieure en raison du franc fort. Au cas où elle se manifesterait, la BNS n’hésiterait pas à affaiblir notre monnaie pour relancer les exportations. En revanche, la déflation importée est positive pour le pouvoir d’achat et soutient la consommation.

C. W. Ce risque est marqué pour le début d’année surtout. Par la suite, le taux de change fixe instauré par la BNS vis-à-vis de l’euro commencera à produire ses effets.

Malgré la crise de la dette souveraine, y a-t-il un espoir de reprise en Europe cette année?

M. J. Difficile d’y croire. Il semble toutefois que les responsables politiques ont finalement pris la mesure de la gravité de la situation. Ils vont lancer les réformes nécessaires, se convertir à une plus grande discipline budgétaire et se soumettre à des contrôles. Désormais, l’incertitude est de savoir si les populations accepteront les mesures d’austérité. Les années 2012 et 2013 sont des années électorales importantes en France, en Allemagne et en Italie notamment.

C. W. Le fait que les responsables montrent désormais la direction à prendre marque un vrai tournant dans cette crise, devenue plus politique qu’économique. Après un pic au premier trimestre 2012, la crise de la dette souveraine devrait se calmer.

Andreas Höfert: Cependant, la Grèce, l’élément perturbateur, devrait sortir de la zone euro et se mettre en faillite.

M. J. Toutefois, l’impact devrait être très limité si on met en place les filets de protection destinés à éviter une contagion aux autres pays, à commencer par l’Italie. L’impact psychologique sera important mais il n’aura pas de conséquences majeures pour le reste de la zone euro.

A. H. Pour les marchés financiers, l’épicentre de la crise n’est plus Athènes, mais Rome. L’Italie n’est pas en faillite. Suite à la perte par la France de son triple A, le président Sarkozy, un homme capable de changer sa politique du tout au tout en pleine campagne électorale, pourrait prendre un virage radical vers plus de pragmatisme, arguant du fait que son approche rigoriste n’a pas atteint son but. Les Allemands pourraient se retrouver très seuls, ce qui pourrait les amener à faire preuve de plus de souplesse.

A. F. Avec une élection présidentielle en France en avril-mai et une autre aux Etats-Unis en novembre, le contexte électoral de 2012 sera important. Les dirigeants en place seront d’autant plus motivés à apporter les solutions qui renforceront la croissance et leurs chances de réélection, les marchés financiers apprécieront.

Les Etats-Unis peuvent-ils assurer une reprise de l’économie mondiale?

A. H. Certainement pas. Ils traversent une crise de désendettement similaire à celle que la Suisse a connue au début des années 90. Il a fallu sept ans pour qu’elle s’en sorte. Outre-Atlantique, malgré les nombreuses tentatives de relance de l’activité, principalement par la Fed, la croissance demeure inférieure à 2%, ce qui est faible.

A. F. Néanmoins, même avec une croissance ramenée en dessous de 2%, ils devraient rester le moteur de la croissance mondiale.

Quel risque pose leur dette, en croissance constante?

A. H. A la différence de l’Europe, les Etats-Unis empruntent dans la première monnaie de réserve au monde et la Fed mène une politique bien plus accommodante que la BCE. Même la baisse de la note américaine par Standard & Poor’s en août dernier n’a pas provoqué de tension sur les marchés. 

C. W. La part de cette dette détenue par des non-résidents est cependant plus importante que celle, par exemple, du Japon, autre Etat lourdement endetté. Par conséquent, il ne faut pas exclure la possibilité que les investisseurs pressent les politiciens américains à trouver une solution.

M. J. Les interventions de la Fed permettent à l’Etat américain de continuer à emprunter à des taux très bas. Mais les marchés financiers pourraient porter à nouveau leur attention sur ce risque, par exemple lors de la prochaine dégradation de la note avant les élections présidentielles de novembre.

A. H. La campagne présidentielle y contribuera aussi.

M. J. Mon inquiétude, c’est que la persistance de politiques monétaires exubérantes habitue le public au taux zéro. La modification des mentalités qui en résulte crée un aléa moral et des décisions d’investissement peu rentables qui font peser un risque accru sur la stabilité financière bien au-delà de 2012. 

Les émergents peuvent-ils porter la croissance malgré le ralentissement de la Chine?

A. H. Les marchés surréagissent aux décisions chinoises. Le ralentissement de l’activité ne doit pas inquiéter. La Chine dispose des leviers nécessaires pour assurer une reprise de sa croissance.

M. J. Je suis plus pessimiste. Le montant des crédits accordés aux entreprises et collectivités locales a explosé ces dernières années, générant des risques d’éclatement de bulles immobilières et bancaires. La différence avec les pays occidentaux, c’est qu’elle a assez d’argent pour sauver son système économique elle-même.

C. W. La consommation ne se porte pas mal du tout en Asie! Le consommateur de Singapour ou de Malaisie ne se sent absolument pas concerné par la crise de la zone euro. L’Amérique latine est un peu plus préoccupante, avec des banques centrales qui ne parviennent pas à lutter efficacement contre l’inflation.

A. F. Les investisseurs ne sont jamais satisfaits de la situation économique en Chine. Ils s’inquiètent des risques de surchauffe et paniquent lorsque la croissance passe en dessous de 7%. La reprise des cours des matières premières indique peut-être déjà que les craintes de ralentissement sont exagérées et que la Chine consomme et soutiendra la croissance mondiale.

Comment traduisez-vous ces constats en termes de placements financiers? Faut-il déjà revenir sur les actions?

M. J. Elles sont devenues bon marché et une alternative aux autres actifs. Cependant, sans indication de reprise de la croissance, la volatilité des marchés va rester importante. Il ne sert à rien de se précipiter car les déceptions risquent d’être au rendez-vous. Il convient plutôt de prendre des positions sur le long terme.

A. F. La volatilité restera élevée cette année, ce qui permettra aux investisseurs de réaliser des plus-values. Mais ils devront être attentifs et ne pas hésiter à prendre leurs profits car il n’y aura sans doute pas de tendance haussière durable. La normalisation des risques et une croissance supérieure soutiendront une phase de hausse des actions au 1er trimestre déjà.

M. J. Le bas niveau actuel des prix vient des risques à court terme et des incertitudes suscitées par la crise de la dette souveraine. Lorsque ces inconnues commenceront à être levées, les marchés pourront progresser de 10%. Mais pour dépasser ce seuil, l’économie devra renouer avec la croissance.

A. H. Une telle reprise pourrait survenir en mars ou en avril. Dès lors, je deviens acheteur.

C. W. Il est intéressant de noter que la crise actuelle pèse nettement plus sur le marché obligataire que sur les marchés des actions. Celles-ci pourraient donc remonter, soutenues par les bonnes nouvelles des sociétés cotées. 

A. F. Depuis 2008, les entreprises ont fait des efforts considérables et se trouvent en meilleure position aujourd’hui pour faire face à une conjoncture hésitante. Leurs bilans me semblent plus sains et elles disposent de liquidités confortables.

M. J. Certes, mais leurs dettes demeurent très élevées aussi. 

C. W. Leurs liquidités leur servent à faire face à un éventuel resserrement du crédit, mais pas vraiment à investir.

M. J. Les entreprises les plus intéressantes sont celles qui dégagent le plus de cash-flow et ont la meilleure maîtrise de leurs prix, car ce sont elles qui pourront accroître leurs bénéfices lorsque la conjoncture se redressera.

Faut-il fuir les obligations?

M. J. Oui, les rendements nominaux sont ridicules et les rendements réels souvent négatifs. Pourtant, tout le monde les recherche!

C. W. Elles atteignent cependant un plateau. Le rapport entre les risques et le rendement a rarement été aussi défavorable à l’acheteur. Celui qui veut investir dans cette classe d’actifs doit viser la partie moyenne de la courbe des taux (soit les durées de 2 à 5 ans, ndlr).

Que choisir alors: les obligations souveraines ou d’entreprises?

C. W. Je n’ai pas de préférence. La dette italienne, à 7%, devient intéressante pour un investisseur qui peut supporter ce risque.

M. J. A choisir l’Italie, je préfère les actions d’une banque de ce pays à la dette du gouvernement.

C. W. Au cas où l’Italie fait défaut sur sa dette, je pense que de très nombreuses banques devront renoncer au dividende ces prochaines années. 

A. F. La nouveauté, c’est que les obligations ne peuvent plus constituer la tranche sans risque d’un portefeuille. Il ne faut pas tout vendre, mais plutôt sélectionner celles dont le coût d’opportunité est le plus bas. Cela inclut toujours les emprunts d’Etat, à condition de viser des emprunts à la durée la plus courte possible.

Quel est le risque de bulle dans l’immobilier suisse?

A. H. Deux régions ont vu leurs prix exploser, l’arc lémanique et les pourtours du lac de Zurich, en raison de l’attrait qu’elles exercent sur des étrangers très fortunés qui cherchent à y acquérir des logements. Pour un résident suisse, ces deux zones ne sont plus intéressantes. Dès que l’on en sort, le marché ne représente pas de risque particulier.

M. J. L’écart entre les prix de l’immobilier et le PIB montre que nous sommes en pleine bulle. De plus, nombre de propriétaires de logements ont récemment augmenté leurs hypothèques pour s’acheter des biens non durables. En revanche, rien ne paraît vouloir faire exploser cette bulle. Les taux sont bas et rien n’annonce leur redressement pour cette année. Les revenus disponibles des ménages ne devraient guère baisser malgré la hausse du chômage. En revanche, il n’est pas certain que le marché soit soutenu par la démographie. Cet argument a justifié la hausse des prix immobiliers aux Etats-Unis avant 2007 sans en empêcher la chute depuis lors.

A. H. Le marché peut subir les effets d’un phénomène marginal, comme l’étaient les prêts subprimes au début de la crise du même nom.

C. W. Par exemple, subir l’impact de la mise en vente massive d’objets immobiliers par les banques si celles-ci ne parviennent pas à trouver les 144 milliards de dollars qui leur manquent pour faire face à leurs engagements.

Faut-il encore acheter de l’or?

A. F. Pas seulement l’or, mais aussi les matières premières dans leur ensemble, ainsi que les énergies alternatives.

A. H. Le métal jaune jouit toujours d’un solide attrait face à la dépréciation des devises, et il protège contre les risques d’inflation à long terme.

M. J. L’or n’est pas bon marché. Si les choses tournent vraiment mal, il n’est pas sûr que les investisseurs ne lui préfèrent pas les vraies liquidités. Pour voir le métal jaune progresser encore, il faudra de nouvelles salves des banques centrales. Possible, mais dans ce cas, les actions devraient aussi en profiter.

 

La table ronde s’est tenue le 5 décembre 2011.

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