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La formation en finance s’ouvre au pluralisme

Mis en ligne le 12.11.2012 à 09:30
Centre de formation. La crise financière  a mis en évidence  un grand besoin d’ouverture à de nouvelles disciplines dans les professions bancaires.

Centre de formation. La crise financière a mis en évidence un grand besoin d’ouverture à de nouvelles disciplines dans les professions bancaires.

© ISFB



SAVOIR La crise a ébranlé les certitudes académiques. Les disciplines quantitatives cèdent leur place à des approches plus larges, conduisant à une redéfinition des métiers de la banque. La crise et les nombreux défis qu’elle pose aux banques...

SAVOIR La crise a ébranlé les certitudes académiques. Les disciplines quantitatives cèdent leur place à des approches plus larges, conduisant à une redéfinition des métiers de la banque. 

La crise et les nombreux défis qu’elle pose aux banques a fait apparaître la nécessité d’une formation plus flexible et interdisciplinaire de la gestion des risques. L’an dernier déjà, un collectif d’universitaires suisses et européens tirait la sonnette d’alarme. Au travers d’un appel en faveur d’une recherche académique renouvelée au service du bien commun, les signataires remettent en cause certains fondamentaux de la théorie financière classique dont les objectifs premiers sont purement financiers: «Depuis un bon demi-siècle, la modélisation asphyxie le souci de réalisme en économie et en finance», dénonce Paul Dembinski, directeur de l’Observatoire de la finance et signataire de l’appel. «Les chercheurs en finance sont pareils à des tomates hors-sol. Ils conçoivent des modèles théoriques très sophistiqués dont la validation économétrique suffit à justifier des carrières académiques. Mais ce n’est pas en regardant des chiffres que l’on comprend le monde! Face aux défis de la crise, le besoin est urgent de (ré)introduire le pluralisme dans la maison de l’économie, de la finance et de la gestion», développe-t-il.

La fin de la tour d’ivoire. Avec la mondialisation, le secteur financier et bancaire, comme bien d’autres avant lui, est contraint de se remettre en question. «Le secteur financier est resté dans sa tour d’ivoire, persuadé que rien ne pourrait l’atteindre et refusant de comprendre les raisons des modifications opérationnelles conduites par des acteurs comme Toyota ou Rolex, relève Frédéric Kohler, directeur de l’Institut supérieur de formation bancaire (ISFB) à Genève. Or, si Zara domine le marché du prêt-à-porter en Europe, c’est parce que son modèle est ultra-flexible avec une collection renouvelée tous les 15 jours. Les métiers changent, et le métier de la banque n’échappe pas à ce mouvement.»
Trop théorique, trop éloigné des questions essentielles pour notre société comme la place de la finance au sein de l’économie, son rôle dans la gestion des risques, ses effets sur la croissance et la création d’emplois, l’enseignement en finance n’échappe pas à ce regard critique. «Nous avons atteint les limites de l’approche quantitative du savoir», relève Rajna Gibson Brandon, directrice du Geneva Finance Research Institute et professeure de finance à l’Université de Genève.
«La finance n’est pas une science exacte. Après la crise des subprimes, celle de l’euro et les pressions sur la fiscalité, il est impérieux de conduire une analyse approfondie, d’identifier les manquements ainsi que les manières et moyens d’y répondre en adoptant une approche multidisciplinaire. Il ne s’agit pas de révolutionner les acquis; nous aurons toujours besoin de spécialistes aux côtés de gens disposant d’une bonne vue d’ensemble des mécanismes d’une banque», ajoute-t-elle.
La place financière suisse n’aurait en effet pu se hisser aux premiers rangs de la compétitivité mondiale sans les efforts de nos instituts de formation de pointe et, en particulier, du Swiss Financial Institute, qui a lancé, en début d’année, un appel pour le financement de projets de recherche dans le cadre d’un programme intitulé Finance et société.
D’autres filières misent sur l’ouverture à des disciplines développant également des modèles de gestion des risques telles l’histoire, la sociologie, la psychologie, l’éthique ou les sciences du vivant, à l’image de ce que propose depuis 2002 le Collège des humanités de l’EPFL afin de préparer ses futurs ingénieurs à gérer la complexité et à affronter l’incertitude de manière efficace et pertinente.
Cependant, la complexité des mécanismes financiers et la rapidité des changements au niveau mondial requièrent des compétences multiples. Pour répondre à ces besoins, certains instituts proposent dès cette rentrée des cycles de formation initiale abrégée permettant d’acquérir les compétences nécessaires à une employabilité immédiate, que viendront compléter des cours de formation continue récurrents. «Il faut inverser la proportion entre les diplômes et les compétences, quitter le monde des enseignants pour celui de la formation professionnelle», explique le directeur de l’ISFB. «Quarante pour cent des métiers qui seront exercés dans dix ans n’existent pas aujourd’hui. Suivre une formation doctorante pendant sept ans n’est plus d’une grande utilité en termes d’employabilité dans la mesure où le contexte ne sera plus le même quand vous aurez enfin terminé vos études! juge-t-il.

«Desserrer l’étau de la théorie». » Il est indispensable de recontextualiser les acteurs financiers et bancaires, de redonner à l’enseignement de la finance une vision “métier”, appuie Paul Dembinksi. Desserrer l’étau de la théorie et donner davantage de place aux rapports socioéconomiques qu’entretient la finance avec la société est une démarche certes moins structurée et élégante mentalement, mais nécessaire et loin d’être simple.»
Une démarche que plébiscitent les employés de banque, car elle place le bon sens, la pratique et le client au cœur de la formation, selon Denise Chervet, secrétaire centrale de l’Association suisse des employés de banque (ASEB): «Les employés de banque souhaitent que l’accent soit davantage mis sur la notion de service et qu’une dimension éthique soit intégrée à leur formation.»
Le succès de ces réformes passe par la complémentarité et la collaboration étroite entre les universités, les centres de formation pratique, l’industrie financière et bancaire, et le gouvernement. Ce n’est en effet qu’au travers d’un élan commun et concomitant que pourront être mis en place les outils nécessaires à une meilleure appréhension des risques, et ainsi garantir la compétitivité de la place financière suisse.

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