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Leçons de crise

Mis en ligne le 22.11.2012 à 09:50
La crise induit un étrange comportement de la part des investisseurs. Plutôt que de chercher à maximiser les revenus de leurs avoirs comme le veut la pratique en temps normal, ils paient pour pouvoir conserver leurs bas de laine à...

La crise induit un étrange comportement de la part des investisseurs. Plutôt que de chercher à maximiser les revenus de leurs avoirs comme le veut la pratique en temps normal, ils paient pour pouvoir conserver leurs bas de laine à peu près intacts. Afin de s’assurer une sécurité optimale, ils choisissent des titres offrant des rendements inférieurs à l’inflation, voire négatifs parfois! Mais le vrai paradoxe de cette situation, c’est que ces placements réputés sûrs se sont fissurés. Les obligations souveraines américaines et allemandes, les titres jugés les plus solides au monde, ne présentent plus les mêmes garanties qu’avant.

Les investisseurs seraient-ils devenus fous? Ils ont en tout cas perdu les repères traditionnels qui permettaient de construire un portefeuille où la place de chaque composant, du plus sûr mais peu rentable au plus prometteur mais risqué, était clairement identifiée. Traditionnellement, les titres d’emprunts publics constituent la base d’une politique de placement. A l’autre extrémité se trouvent les véhicules les plus volatiles, dont les hedge funds, les matières premières, les devises, etc. Or, la crise grecque, puis son extension à l’ensemble de la zone euro et aux Etats-Unis, a remis cette hiérarchie en cause, en faisant naître le doute quant aux capacités des grands pays d’honorer leurs engagements, après avoir mis en lumière les fragilités cachées de leurs finances publiques.

Cette nouvelle peur se superpose à l’angoisse classique des périodes de crise: doit-on vendre ses actions? Comment vont-elles passer l’orage? Certes, la plupart des sociétés cotées paraissent, en ce début 2012, suffisamment armées pour limiter les dégâts au maximum. Dotées de trésoreries rebondies, relativement peu endettées, ayant réorganisé leurs affaires lors de la dernière crise, en 2009, elles devraient conserver leurs capacités bénéficiaires. Néanmoins, les investisseurs doutent: et si la récession attendue était plus profonde que prévu? Aussi, pour éviter les mauvaises surprises, ils vendent.

Où dirigent-ils leurs investissements? Les approches alternatives pullulent, allant des métaux précieux à l’immobilier en passant par les matières premières, voire la détention de terres agricoles, le plus souvent dans des pays en voie de développement. Mais aucune d’entre elles n’est de dimension suffisante pour absorber toute l’épargne à la recherche de sécurité. De plus, l’or et l’immobilier (du moins en Suisse) ont atteint des niveaux tels que les cours semblent proches de leurs sommets. Enfin, pour un investisseur, il reste plus facile de comprendre une obligation souveraine américaine éprouvée, et donc de lui faire confiance, qu’une stratégie de placement complexe et mal testée sur la durée.

C’est donc la manière de construire un portefeuille qui est à revoir. Certes, les bases jetées par Harry Markowitz dans les années  50 ne sont pas à oublier. On combinera toujours le plus astucieusement possible les actifs les plus sûrs avec les plus risqués, en prenant garde à l’impact que la variation des uns peut exercer sur les autres. Cependant, la recette, déjà fortement améliorée depuis soixante ans, doit encore évoluer. L’influence d’une classe d’actifs sur les autres ne cesse de s’accroître, au fil notamment des crises récentes. La multiplication des contagions – lorsque les marchés s’inquiètent de la santé de l’Italie uniquement en raison d’un profil similaire à celui de la Grèce, par exemple, sans prendre en compte sa réalité intrinsèque – accélère encore ce phénomène. 

Désormais, tout portefeuille doit tenir compte de la mauvaise surprise, du «cygne noir» (événement inattendu) et de «l’effet de traîne» (événement peu probable) qui peuvent remettre en question la construction la plus savante. Plus que jamais, l’irrationalité des agents économiques doit être intégrée dans les stratégies d’investissement. Le calcul du risque le plus extrême devient essentiel pour ajuster l’exposition optimale d’un portefeuille. La conséquence est limpide: les investisseurs accélèrent leur fuite vers les valeurs paraissant les moins risquées, quel qu’en soit le prix.

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