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Le sourire discret des assurances

Mis en ligne le 12.11.2012 à 09:30
Siège de Zurich Insurance Group à Zurich. Le 1er assureur suisse et numéro 2 européen par la capitalisation boursière affiche un résultat net en hausse de 13% au 1er semestre 2012. Il a récemment abandonné le nom Zurich Financial Services, devenu négativement connoté.

Siège de Zurich Insurance Group à Zurich. Le 1er assureur suisse et numéro 2 européen par la capitalisation boursière affiche un résultat net en hausse de 13% au 1er semestre 2012. Il a récemment abandonné le nom Zurich Financial Services, devenu négativement connoté.

© Zürich assurances



REDRESSEMENT Sortis de leur crise dix ans avant les banques, les assureurs se portent bien aujourd’hui. Mais ils subissent le maintien de taux d’intérêt au plancher et les contrecoups de la tourmente financière.La tempête a soufflé sur les assurances...

REDRESSEMENT Sortis de leur crise dix ans avant les banques, les assureurs se portent bien aujourd’hui. Mais ils subissent le maintien de taux d’intérêt au plancher et les contrecoups de la tourmente financière.

La tempête a soufflé sur les assurances il y a dix ans. Résultat, la branche en est ressortie renforcée et mieux armée pour affronter la dernière crise, au contraire des banques.
Au total, les paiements des assureurs vie et dommages en Suisse se sont élevés à 43 milliards de francs, soit 5500 francs par habitant. Les recettes de primes ont atteint 30 milliards de francs en assurances vie et 25 milliards en assurances dommages. «Le secteur de l’assurance a bien traversé la crise des subprimes et celle de la dette souveraine. Il s’en sort assez bien en partie grâce au test suisse de solvabilité (Swiss Solvency Test, SST) qui a fortement amélioré la gestion des risques de la branche», confirme Marc Chuard, chef du département finance et régulation à l’ASA, l’Association suisse d’assurance.
Mais cela ne suffit pas. Les taux d’intérêt très bas affectent sévèrement la rentabilité du secteur qui a dû évoluer vers de nouveaux produits pour réaliser des performances. En outre, malgré de belles recettes, le milieu n’échappe pas à la tendance fortement régulatrice qui agite la finance depuis la dernière crise. Tour d’horizon des défis qui agitent l’un des piliers stabilisateurs du marché suisse.
Le marché historiquement bas des taux d’intérêt est le principal ennemi de l’assurance vie aujourd’hui. «Il faut différencier entre la partie vie d’une part et non-vie et la réassurance d’autre part. Dans le contexte actuel, le second domaine se porte mieux. Il n’est pas affecté comme le premier par les problèmes liés aux caisses de pension qui apparaissent dans de nombreux pays européens», constate Javier Lodeiro, analyste au Credit Suisse.
Ainsi, si l’assurance non-vie et la réassurance se portent bien cette année grâce notamment à une faible proportion de catastrophes en Suisse et dans le monde, l’assurance vie n’est pas au mieux. «Les produits de type assurance vie présentent un certain risque aujourd’hui, car ils reposent sur des taux d’intérêt garantis. Leur rentabilité est donc assez basse en période de taux d’intérêt très bas comme actuellement, car les rendements de l’assurance vie dépendent des rendements des taux d’intérêt», explique encore Javier Lodeiro.
Le coût pour la branche est en effet élevé car elle ne peut plus effectuer de juteux placements pour améliorer sa rentabilité.

Règles contraignantes. «Nos engagements d’assurances étant en francs suisses, nos actifs sont principalement libellés dans notre monnaie nationale. Nos investissements étant en grande partie axés sur des revenus fixes, nous subissons la baisse des taux d’intérêt qui sont à un niveau historiquement bas. En outre, le test suisse de solvabilité nous oblige à utiliser la courbe des taux des obligations de la Confédération pour l’escompte de la valeur de nos prestations futures jusqu’à quatorze ans puis une courbe synthétique dès quinze ans qui est légèrement plus favorable mais toujours en deçà de ce qui est utilisé dans Solvabilité II (l’équivalent du SST dans les pays de l’UE, ndlr) en Europe. Ces règles restent toutefois très contraignantes si on se rappelle que les taux à dix ans sont inférieurs à 0,5%. Avec ces taux, dans le domaine de l’assurance vie, notre marge de manœuvre est donc très limitée par rapport à avant», précise Jean-Daniel Laffely, directeur général adjoint de la Vaudoise.
De plus, l’évolution des taux reste une grande inconnue. Il se peut qu’ils demeurent au plancher comme maintenant. Seule une reprise de l’économie pourrait inverser cette tendance. Cependant, si l’évolution des taux reste un mystère, certains assureurs changent de stratégie.
Ainsi, la Nationale suisse a vendu il y a dix-huit mois ses activités d’assurance vie collectives. «Nous avions dans ce domaine un potentiel limité. En outre, en ce qui concerne la même branche en individuel, nous ne pouvons plus offrir des produits avec des garanties financières si les taux restent bas comme aujourd’hui. Nous avons donc préféré une stratégie de segmentation en créant de nouveaux produits pour s’assurer dans l’existence tout en continuant de miser sur l’assurance non-vie pour laquelle il existe un marché intéressant en Suisse», expose Hans Künzle, son directeur général.
Par ailleurs, l’assureur a décidé d’opter pour une stratégie de niche en se spécialisant dans les assurances techniques, comme dans les bâtiments, la construction, certains véhicules, les transports et les objets d’art, par exemple. «Il existe un fort potentiel de développement en Europe, mais aussi en Amérique du Sud et en Asie. Notre spécialisation constitue 33% du volume de nos affaires et nous visons 40% à moyen terme», confie le directeur général de la Nationale suisse. C’est dire l’importance du pari sur ces niches pour l’assureur.
D’autres n’ont pas modifié leur stratégie, mais ont misé sur des produits différents. «Dans le contexte actuel des marchés, les assurances traditionnelles peinent à garantir les taux. Les sociétés se tournent donc vers des produits qui offrent un taux technique garanti égal ou inférieur au 1,5% prévu par la Finma ou vers des produits à composante financière avec une garantie à l’échéance du contrat mais pas lors du rachat durant le contrat», observe encore Jean-Daniel Laffely.

Explosion des fonds propres. Si les exigences réglementaires ont augmenté dans le domaine des assurances bien avant celui des banques, c’est que l’histoire s’y est produite bien plus tôt. Après une crise au début des années 2000, une série de règles prudentielles a été mise sous toit. Et si on compare les deux secteurs aujourd’hui, on observe que les assurances se portent globalement mieux que les banques pour exercer leur activité.
Le tournant est pris en 2003, à l’issue de la crise internet. La plupart des grands groupes ont dû accroître leurs fonds propres, comme par exemple, Zurich. «Elles ont effectué des grands changements à partir de 2003 au niveau de leur structure du capital et de leurs stratégies, si bien qu’elles ont traversé la
crise actuelle avec une bien meilleure capitalisation que les banques. Nous ne pensons
pas que le secteur a besoin d’une augmentation de capitaux propres, car les principaux acteurs de la branche présentent plutôt des excédents en capital», relève également Javier Lodeiro.
La crise financière a montré que la défaillance d’une banque d’importance systémique constituait un risque essentiel pour l’économie. Pour éviter cela, le Conseil fédéral a instauré la règle du too big to fail (trop grande pour faire faillite), qui dresse la liste des plus grandes banques présentant un risque systémique et prévoit une segmentation de leurs activités pour faciliter le règlement d’une éventuelle faillite, comme ce fut le cas pour UBS pendant la crise des subprimes.
«En général, nous acceptons que la branche de l’assurance soit régulée de manière adéquate. En revanche, depuis la dernière crise financière, nous sommes parfois agacés d’être mis dans le même panier que les banques. C’est le cas notamment dans la sélection des entreprises représentant un risque systémique. Et cela suscite le débat», relève Marc Chuard.
Selon l’ASA toujours, «les directives de la Finma afférentes aux systèmes de rémunération dans les établissements financiers ne tiennent pas assez compte des particularités du secteur de l’assurance, d’autant plus que les modèles commerciaux et la gestion des risques des assureurs sont fondamentalement différents de ceux des banques».

Un test éprouvé. «Le test de solvabilité (SST) a aidé le secteur des assurances à acquérir une solidité financière. Il n’existe pas un assureur en Suisse qui doit augmenter sa base de fonds propres actuellement. La Suisse est bien placée, elle est même plus compétitive et mieux préparée que l’Europe», assure Hans Künzle.
En bref, le SST qui permet de vérifier la solvabilité d’un assureur est discuté depuis 2003, mais est entré en vigueur au 1er janvier 2011. «Il est né de la crise internet du début des années 2001 à 2003 et des suites des attentats du 11 septembre 2001, une période pendant laquelle le secteur de l’assurance a souffert. Il a près de dix ans d’avance sur Bâle III (qui contraint les banques à relever drastiquement leurs fonds propres, ndlr)», observe Marc Chuard.
«Pratiquement, il s’agit d’évaluer tous les risques supportés par une société d’assurance. La Finma met à disposition un modèle standard pour effectuer le test suisse de solvabilité. Si celui-ci n’est pas approprié, alors un modèle interne doit être développé», poursuit-il.
De plus, pour connaître la rentabilité technique d’une compagnie d’assurance non-vie, il est d’usage d’utiliser le ratio combiné. Celui-ci est calculé en additionnant le total des charges de sinistres et les frais, le tout divisé par le montant des primes. Le résultat doit être inférieur à 100% pour que la société produise de la rentabilité technique avant la prise en compte des rendements financiers.
«Globalement, la plupart des assurances affichent actuellement un ratio combiné inférieur à 100% sur le marché suisse, ce qui n’était pas le cas jusqu’au début des années 2000 où la rentabilité financière faisait plus que compenser les mauvais résultats d’assurances. Le SST a permis aux assureurs suisses de renforcer leur dispositif de gestion des risques, ce qui a permis de remettre au centre des préoccupations l’assurance et d’améliorer ainsi leur rentabilité technique, explique Jean-Daniel Laffely.

Risques italien et espagnol
Le second test de solvabilité (Solvency II) est en cours d’élaboration au niveau européen, un processus qui prend du temps. «On pense qu’il entrera en vigueur au 1er janvier 2014. Quand le test suisse de solvabilité a été introduit, la branche espérait que les règles à venir seraient similaires à celles de l’Union européenne. Or, nous pensons aujourd’hui que, en ce qui concerne l’assurance vie, les règles helvétiques sont plus strictes que les européennes. Cela pourrait créer une distorsion de la concurrence entre l’UE et la Suisse», constate Marc Chuard.
Dans leur ensemble, les assureurs suisses soutiennent la création d’un modèle de risque économique en accord avec celui de l’UE. «Nous sommes déjà bien préparés en interne avec notre modèle d’analyse des risques et notre approche rationnelle de la structure légale des structures européennes», explique la Zurich.
Enfin, en termes de risques, de nombreux assureurs suisses ont une exposition européenne. Notamment en Italie et en Espagne, des pays très affectés par la crise de la dette. Les gens n’ont plus assez d’argent comme autrefois. «L’exposition des assureurs suisses en Italie et en Espagne reste inférieure à celle des assureurs européens, mais représente quand même un risque», explique Javier Lodeiro. Pour 2012, les affaires restent satisfaisantes pour les assureurs, d’autant que côté sinistres et dégâts l’année n’est pas trop noire comparée à la précédente.

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