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Un partenariat coûteux pour le MAH

Mis en ligne le 25.02.2016 à 07:00

Géraldine Viret

Quoi qu’en pense Jean Claude Gandur, il est légitime de s’interroger sur l’origine de la fortune des hommes et des femmes d’affaires qui associent leur nom aux institutions publiques de notre pays, qu’il s’agisse de mécénat social ou d’un partenariat financier. Cette question est d’autant plus d’actualité que les coupes budgétaires dans de nombreux cantons devraient pousser les autorités à se tourner davantage vers des fonds privés pour financer la vie culturelle ou sportive de leurs citoyens.

Genève ne fait pas exception. Haut-lieu du secteur des matières premières, la ville est marquée du sceau de ses chers négociants. Du Genève Servette Hockey Club au Grand Théâtre, en passant par le Conservatoire populaire de musique, les magnats du pétrole comme Guennadi Timchenko, fondateur de Gunvor, ou la fondation Trafigura «contribuent au rayonnement de la Cité de Calvin», tout en soignant leur image et les relations qu’ils entretiennent avec des autorités bienveillantes. Une situation «win-win»? Pas nécessairement, car les activités économiques à l’origine de la prospérité de ces partenaires s’inscrivent souvent en faux avec les valeurs des projets soutenus ou celles incarnées par la Genève internationale. Ne soyons pas dupes: quelque soit leur amour pour les Beaux-Arts ou les sports virils, de tels mécènes parviennent toujours, en échange de quelques millions, à s’attribuer des vertus qui ne correspondent pas à la réalité de leurs affaires.

Un cas fait polémique aujourd’hui: ce dimanche 28 février, les citoyens de la Ville de Genève voteront sur la rénovation du Musée d’Art et d’Histoire. Président de la Fondation pour l’Art éponyme, Jean Claude Gandur est le principal bailleur privé de la métamorphose. L’essentiel de sa fortune, estimée à 2,1 milliards de dollars, provient du pétrole. Il s’agit d’un secteur sensible, où les puissants – élites corrompues et négociants peu regardants – s’enrichissent souvent au détriment des populations pauvres des pays producteurs.

Certes M. Gandur aurait préféré que la discussion «reste au niveau du musée et des collections». En juin 2015, il a déposé deux plaintes contre Le Courrier, qui revenait sur son parcours professionnel controversé, éclairant d’une autre lumière le débat autour de sa participation financière au projet muséal. Le quotidien a notamment rappelé le contexte dans lequel le négociant a développé les activités de sa société Addax and Oryx Group. Au Nigeria, par exemple, sous le régime ultra-corrompu du dictateur Sani Abacha.

Par contraste avec les pays dans lesquels M. Gandur a opéré, le débat démocratique suisse ne saurait être censuré par l’argent, l’influence ou les représailles juridiques. Lorsque la presse ou les ONG s’interrogent sur le contexte dans lequel les sociétés domiciliées sur le territoire helvétique – aussi généreuses soient-elles – sont actives et les moyens qu’elles emploient pour bâtir leurs empires, elles jouent simplement leur rôle. Loin d’être une exception, la stratégie adoptée par M. Gandur interpelle: si le milliardaire privilégiait la discrétion autour de sa personne et de ses affaires, il aurait pu se contenter d’un don, anonyme ou sans contrepartie. Et s’il voulait que sa fortune profite à la Ville de Genève, il aurait pu commencer par y déplacer son domicile fiscal, aujourd’hui à Malte. Mais comme M. Gandur veut exposer «ses œuvres» et associer son nom à celui du musée, on peut en déduire que c’est aussi une question d’image. Il devrait donc comprendre que, pour les Genevois également, son image pèse sur la votation.

Questionné en 2007 par Forbes sur les activités de son groupe dans un Irak ravagé par la guerre civile, M. Gandur déclarait: «La paix n’ajoute aucune valeur à nos actifs». Autoproclamée ville de paix, Genève veut-elle vraiment associer son musée à un tel cynisme?


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