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Le jour des fous, les masques tombent !

Mis en ligne le 26.01.2017 à 10:10
La nef des fous

La nef des fous

© Jérôme Bosch, 1500



Christophe Vuilleumier

L’accession de Donald Trump à la Maison blanche semble avoir permis de briser les barrières de la décence de beaucoup qui se déchaînent à présent sur les media sociaux, attisant la violence et l’animosité, appelant à l’incarcération de Michael Moore, criant à la trahison d’Eveline Widmer-Schlumpf, allant jusqu’à remettre en question la Shoah. La disparition de l’Hebdo sert bien évidement aussi de champ de bataille. On ne peut être que stupéfait de lire toute la haine, toute la satisfaction que certains, trop nombreux, ne parviennent plus à contenir à la nouvelle de la disparition de ce journal. Les réactions que cet événement entraîne sont les échos d’une crise plus profonde, plus ancrée et représentent sans doute l’une des dernières batailles symboliques de l’Hebdo.

Or donc, les masques tombent. Non pas ceux des élus qui entretiennent une culture politique démocratique fondée sur le débat et l’échange d’idées, et qui font preuve pour la très grande majorité d’entre eux de retenue et de décence à l’annonce de la fin d’un media. Mais tel n’est pas le cas de nombreux individus qui, se sentant protégés dans une meute de pseudo-amis Facebook ou de piliers du Café du commerce, se permettent tous les excès, toutes les dérives, se faisant pour l’occasion un peu juriste, un peu historien, un peu journaliste. Je lis avec horreur les commentaires de biens petites gens qui insultent et vomissent ceux qui ne partagent pas leur opinion, certains allant même jusqu’à inverser le sens des propos pour mieux attaquer, mélangeant à l’envi les thématiques et passant sans plus de logique d’une agression verbale à l’encontre d’une tendance politique ou d’un journal d’idées à l’expression d’un racisme atavique. Non pas ce racisme de pacotille, dont le sens échappe le plus souvent au vulgaire, mais cette croyance en une anthropologie de la race au sens où l’entendait Hans Günther, le maître incontesté de ce qui était une discipline scientifique sous le IIIe Reich. Mais les excès ne sont pas l’apanage de ceux-ci, car bien d’autres empruntent des raccourcis tout aussi faciles et outranciers. À vouloir se complaire dans cette vision du ptit intello, du ptit socialo, du ptit fascho, du ptit bobo, du ptit coco, nous finirons tous en salauds dans un monde un peu crado.

On m’a fait l’honneur et la gentillesse de me donner l’occasion d’écrire dans les blogs de l’Hebdo et même d’être parfois publié dans le magazine. Et pourtant je ne suis pas en faveur de l’entrée de la Suisse dans l’Europe. Les thèses de Denis de Rougemont auraient sans doute pu fonctionner s’il avait été question d’une autre Europe, fondée sur d’autres valeurs. Mais voilà, cette Europe-ci ne convainc pas, du moins ma modeste personne. Et je ne suis, au demeurant, pas plus de gauche que de droite car je n’aime pas les idéologies. Celles-ci, n’en déplaise et quelles qu’elles soient, contiennent en leur sein les germes d’une hégémonie que seul l’esprit démocratique peut contrer. Un esprit de plus en plus crispé.

Cette polarisation ne surgit pas soudainement et il faut sans doute considérer ses origines dans la guerre du Golfe de 1990-1991 et ses conséquences, jusqu’aux dernières crises proche-orientales ponctuées de nombreuses attaques terroristes sur le sol occidental. Une histoire récente réarticulant les champs de références, entraînant une banalisation de la violence et une « brutalisation » des postures politiques, condamnant des mots comme « élite » ou « patriotisme » à la géhenne du politiquement incorrect, et promouvant dans une mauvaise foi généralisée des concepts néologiques tels « pensée unique » ou « alternative facts » ! Et pour continuer sur la référence à l’historien américain George Mosse, on ne peut que constater que cette évolution constitue une « matrice des totalitarismes » que Daech a matérialisé, et que l’archange de la démagogie de la Maison devenue si blanche a commencé à mettre en œuvre.

Cet article de blog sera le dernier que je signe pour l’Hebdo et je tiens à vous remercier de m’avoir lu, d’avoir parfois réagi, d’avoir été « curieux ». Merci également à la rédaction de l'Hebdo de m'avoir permis de m'exprimer au-delà d'un petit cercle de personnes versées dans les sciences historiques. Bonne route aux uns et aux autres.


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Curieux Votre dernière phrase m'incite à penser que vous ne me classez pas parmi ces haineux bas du front que vous mentionnez au début de votre article. Pourtant je suis peut-être plus facho que vous ne pensez, et partant peut-être plus dangereux que certains primaires qui se déchaînent sur les réseaux sociaux.

Comme d'habitude votre tentative de synthèse des inconciliables appellerait beaucoup de commentaires. Ce serait trop long. Disons simplement ceci: il existe effectivement un Hugenberg System du progressisme bien-pensant. Vous ne semblez pas en être indigné, c'est le moins qu'on puisse dire, car vous lui emboîtez le pas allègrement, tout en ajoutant chaque fois une petite nuance de votre cru pour vous dédouaner car vous êtes bien vaguement conscient qu'on se sert de vous comme caution bourgeoise.

L'Hebdo faisait partie de ce Hugenberg System. C'est évident. Mais à cette différence près que contrairement à Alfred Hugenberg, les patrons de Ringier et Tamedia ont perdu de l'argent avec leur propagande idéologique, laquelle a fait long feu car elle etait en porte à faux de plus en plus total avec le sentiment public. On a atteint la Schmergrenze. Les riches familles bourgeoises qui sponsorisaient massivement le projet euro mondialiste contre les vœux des Suissesses et des Suisses, ont fini par comprendre qu'à continuer comme ça elle allaient finir par se ruiner. Elles ont donc tiré les conclusions.

Il serait de mauvais goût de tirer sur une ambulance, mais concédons tout de même une certaine schadenfreude.

Il y a une chose dont vous ne semblez pas vous rendre compte, c'est que cette domination de la doxa politiquement correcte, n'a pas été exercée avec la gentillesse de gens d'esprit. Elle a été arrogante, puante, étouffante, même dans notre tout petit pays. Pensez à la diabolisation de ceux qu'on a osé appeler des "isolationnistes". Elle a eu, il faut le dire, tous les caractères d'une véritable OPPRESSION, mesquine, tâtillonne, haineuse, eh oui, haineuse, de la part de petits policiers de la pensée qui se prenaient pour quelque chose sous prétexte qu'ils écrivaient dans un journal, une oppression subie par la partie patriote et conservatrice de la population.

Alors peut-être que maintenant il y a un sentiment de revanche qui se donne libre cours. Ca se peut bien. Je suis en ce moment à l'étranger et je ne peux que difficilement consulter les réseaux sociaux de Suisse. Y-t-il un torrent de boue? Je ne pense pas, mais que certains se lâchent ça se pourrait. Voyez-vous, quand une oppression prend fin, il y a nécessairement de telles réactions.

Mais je constate que la Propagandastaffell de gauche existe toujours. En effet, c'est fou ce qu'on monte en épingle les débordements de quelques malheureux racistes "deplorables" isolés, que l'on trouvera toujours en cherchant bien. C'est très facile de trouver une croix gammée targuée quelque part, de la prendre en photo, puis d'accuser Trump, ou Blocher, d'être la cause de ce débordement individuel qui n'incrimine que son "deplorable" auteur. Mais moi je me souviens de trop de croix gammée targuées par des "deplorables" antifas autoproclamés sur des affiches de l'UDC et j'ai même souvenance d'articles parfaitement "deplorables" parus dans L'Hebdo. Par exemple je citerais celui de François Chérix qui passait toutes les bornes du ridicule, comme de la décence, intitulé "Blocher ou le mépris des lois" et énumérant avec une "akribie" (comme diraient nos confédérés suisses allemands) à la fois pontifiante, sentencieuse, minutieuse, courtelinesque qui ferait honte au douanier de Fernand Reynaud, une vingtaine, ou trentaine (je ne sais plus) de prétendus abus de pouvoir du Conseiller fédéral Blocher. Et les abus de pouvoir de la gauche, par exemple dans la campagne sur la réforme scolaire Léo, dans le canton de Vaud, et surtout l'abus de pouvoir scandaleux du parlement qui a violé l'article 121a de la Constitution fédérale, de cela Chérix ne semble pas beaucoup s'en offusquer.

Alors, oui, c'est vrai, à l'heure où on apprend le naufrage de L'Hebdo, on ne peut s'empêcher de repenser à ce genre de choses et on ne peut donc pas s'empêcher de penser que, tout de même, il y a une justice immanente.
26.01.2017 - 11:13
Curieux Pardon taguées, et non targuées. Je plaide non coupable. C'est mon correcteur orthographique. 26.01.2017 - 11:16

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